Venait-elle des contes de fées, cette magique conviction,
laquelle s'accroche encore à mon être par tant
de racines vivaces et que je me garderai bien désormais
de détruire puisqu'en fin de compte elle m'a porté
bonheur, conviction qui pourtant m'a valu une affligeante
suite de déboires sentimentaux, qui m'a empêché
de consommer l'amour avant un âge avancé et m'a
entraîné à déverser le trop-plein
de mon énergie dans le ventre de celles qui, à
Dakar, présentent ainsi leur commerce : « Je
fais boutique-mon-cul », qui, enfin, si je n'y avais
pris garde, m'aurait certainement conduit à des soulagements
solitaires encore plus minables, branlettes et ersatz d'amour
issus de fantasmatiques rêves aphrodisiaques ?
Quelle conviction ?
Aussi loin que remontent mes souvenirs, j'ai toujours vu
les belles créatures de l'autre sexe, adolescentes,
jeunes filles ou femmes, comme des fées. Oui, «
fées » est le mot qui approche au plus près
ma vision des beautés féminines. En d'autres
temps je les aurais, sans hésiter, qualifiées
de « divines ». A notre époque, je n'ose
plus croire que la beauté soit d'essence divine. Et
pourtant ?
Alors, puisque les femmes me paraissaient porteuses d'un
merveilleux surnaturel, comment aurais-je pu, moi, simple
humain pétri de boue et perclus d'imperfections, m'arracher
à la gangue dont je suis fait, m'envoler vers l'infini
et boire le lait des immortelles ?...
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...Après maintes et maintes réflexions, je
décidai de suivre pour une fois le conseil de la Bible,
bien qu'aux yeux de mon curé je fusse devenu un mécréant.
Me revinrent en mémoire des paroles étonnantes,
tirées de l'Evangile selon saint Luc : « Ne vous
inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez,
ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. Regardez
les corbeaux : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils
n'ont ni cellier ni grenier, et Dieu les nourrit. Aussi bien,
cherchez son royaume et cela vous sera donné par surcroît
».
Littéralement, cette parabole est une incitation
à la paresse ; et même, elle laisse entendre
que Dieu pourrait nous vêtir, comme il le fait pour
les oiseaux. Mais je ne pouvais croire que son auteur fût
stupide. Aussi, je la traduisis à ma façon.
Ce qui me plaisait, c'était : « cela vous sera
donné par surcroît », et je l'entendis
ainsi : « Si tu fais tout ce qu'il faut pour gagner
l'immortalité, un jour ou l'autre les immortelles sauront
bien le reconnaître. » Car, pour moi, le royaume
de Dieu se trouvait plus sûrement sur la terre que dans
un ciel de plus en plus hypothétique. Je préférai
cette formule à « Fais ce que dois, advienne
que pourra », bien balancée certes, mais qui
laisse trop peu de place l'espoir...
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...La rencontre eut lieu dans la montagne. Est-il meilleur
endroit pour un coup de foudre ? Son écho roula longtemps
à travers les rochers. Les oiseaux et tous les autres
animaux qui, perplexes, assistèrent à l'événement,
s'en souviennent-ils encore ? Oui, me semble-t-il car l'éclair
qui accompagna la fusion de nos deux personnes en un être
double n'était pas de nature à nous calciner,
d'autant plus que nous étions jeunes et dotés
d'un cœur vigoureux...?
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...« - Les maîtres de cette planète sont
des animaux à demi conscients dont beaucoup se prennent
pour des dieux. Et parmi ceux qui échappent à
ce travers, la plupart croient qu'ils sont les seuls hommes
dans l'univers : ils sont incapables de comprendre qu'une
espèce autre que la leur peut devenir humaine.
Vous n'imaginerez pas jusqu'où leur folie peut aller
: la plupart des individus mâles dont les organes reproducteurs
sont opérationnels ont, le plus souvent, un souci dominant.
- Enrichir leurs connaissances ?
- Non, Maître, les dieux n'ont pas besoin de cela.
- Elargir leur territoire aux proches étoiles, ou l'étendre
à tout l'univers ?
- Oh que non ! Le territoire de leur voisin les intéresse
bien plus.
- Créer des œuvres d'art qui nourriront leur âme
?
- Pensez donc. Ils préfèrent contempler leur
portrait tiré devant les pyramides d'Egypte.
- Alors quoi ?
- Vous ne trouverez jamais, Maître. Je vais donc vous
le dire... Voilà : ils rêvent d'introduire leur
appendice sexuel dans le réceptacle d'une femelle et
d'y projeter leur semence. Mais, tenez-vous bien ! leur but
n'est pas la reproduction, sauf exception...
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...Plus dure serait la chute quand, précisément
sans parachute, du haut de l'Olympe, elle me précipiterait
dans le bas-monde des mortels. Geignant, gémissant,
handicapé par de multiples contusions, mes yeux, que
la vive lumière de là-haut avait déréglés,
incapables désormais de me conduire dans la pénombre
où vit le monde humain, je réclamerais la mort
qui, heureusement, était bien trop occupée ailleurs
sur notre petite planète pour s'intéresser à
moi.
Ah ! La garce !... Eh oui, c'est bien de mon amour qu'il
s'agit. Et ce n'est qu'un début. La garce ! Je ne pourrais
retrouver le vrai goût de la vie, avec malgré
tout un bon zeste d'amertume, qu'en grimpant à quatre
pattes le mont escarpé pour retrouver au sommet mon
idole apitoyée, condescendante, et lui baiser les pieds,
comme un chien aplati devant son maître, jusqu'à
ce qu'elle me dise : « Georges, es-tu malade ? Allez
! Viens dans mes bras. »...
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...Oui, je t'ai invité à la noce et voilà
que je t'emmène au cimetière. Tu m'abandonnes
là parce que tu refuses de penser à la mort,
n'est-ce pas ? « C'est trop triste ! dis-tu, et de toutes
façons, nous n'y pouvons rien ». Alors, tu mourras.
Quant à nous, mon Amour et moi, depuis la mort de notre
fille, nous n'avons pas le droit de mourir : car nous sommes
trois.
Oui tu as bien entendu : à nous deux, nous sommes
trois personnes. Encore un peu de patience, et tu vas tout
comprendre. »...
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...Suivent quelques baisers et la première étreinte.
Alors, les seins prennent le relais.
Les beaux seins aux courbes généreuses, pleines
et parfaites, les beaux seins tendres et palpitants comme
d'innocentes colombes blanches, les deux faons, tout surpris
de voir le chasseur, l'invitent à déposer les
armes. L'homme éprouve le besoin de toucher, de caresser,
d'envelopper dans ses mains protectrices les deux lutins...
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... - Nous ferons cet enfant quand nous aurons accepté
ta mort.
- Papa, maman, je vous aime. »
Notre Estelle paraissait épuisée. Un linceul
glacé s'abattit. Non ! Non !... Pas déjà
!... Ce n'est pas juste !... Ses yeux étaient clos.
Respirait-elle ? Ni Jeanne ni moi n'osions le vérifier.
Puis son souffle devint à nouveau perceptible. Sur
cette magnifique promesse de vie pas encore tout à
fait reniée, sur ce visage si cher, si lumineux, dont
la beauté n'était pas déjà figée
pour l'éternité, sur son blanc visage de cire,
un soupçon de rougeur affleura de nouveau aux pommettes.
« Et si la vie revenait ?
- Pauvre fou ! Laissons-là se reposer. »...
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...« - Mais c'est vrai qu'elle a aimé ça.
Pas vrai que ça t'a plu ? Hein ! Ma salope. Vas-tu
répondre ? Bon Dieu !...
- Sale ordure ! répliqua Jeanne chez qui une énorme
vague de colère arrivait au galop. Tu n'es pas un homme.
Tu n'es pas une bête non plus : aucune bête ne
fait des choses pareilles. Tu n'es qu'un sac d'ordures.
- Heureusement pour toi que tu m'as fait du bien : ça
me rend patient. C'est pas vrai, peut-être, que tu l'as
cherché, salope ? En te promenant toute seule la nuit
dans la zone, tu voulais y passer, hein ! Mais dis-le, Bon
Dieu ! que tu aimes ça ! T'avais le feu au cul, salope,
et ça te brûlait tellement qu'il en fallait bien
trois comme nous pour l'éteindre ! C'est pas vrai,
peut-être ?...
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...Donc, alors qu'elle ne comptait encore que deux membres,
notre famille avait déjà deux chefs. Cela fut
à l'origine de moult scènes dont nous apprîmes
vite à déceler la venue, comme les paysans sentent
venir l'orage qui risque de gâter leur blé. Mais
ces signaux d'alerte étaient bien souvent inutiles
: la guerre des chefs devait aller jusqu'à sa conclusion...
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...Mais Jeanne est impulsive : elle tire, elle vise, puis
elle réfléchit. Je lui ai souvent demandé
pourquoi elle s'acharne vainement à refaire le passé
: c'est qu'elle voudrait malgré tout éviter
les bévues qu'elle a commises par excès de vitesse.
Trop tard !
L'impulsivité et la colère, ces deux cadeaux
que mère nature mit dans son berceau provoquaient de
dangereuses escalades dans la guerre des chefs...
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...En ferraillant d'inquiétante façon, Deudeuch
prit donc son élan pour accrocher la vitesse de survie.
Nous devions parcourir une quinzaine de kilomètres
avant d'atteindre Kardougou, le village où était
implantée notre école. Nous venions de quitter
la ville pour entrer sur le domaine des paysans, et pourtant,
nous n'étions pas dans la campagne.
« - Ici, les paysans ne vivent pas à la campagne
: ils vivent en « brousse ».
- Ah bon ?...
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...C'est fini, te dis-je. Je suis délivré.
Et ne crois surtout pas que c'est un coup tordu.
J'accepte le divorce.
Ouf !... Désormais, tu pourras toujours essayer de
faire marcher les oiseaux au pas, car pour moi, c'est fini.
Et je ne crois pas que tu puisses trouver une autre poire
à déguster. En tout cas, je t'em.....! A pied,
à cheval, en voiture et même en avion. Merci
de m'avoir libéré. »
Pour une fois, elle resta sans voix, bouche-bée.
Je l'avais enfin, mon dernier mot. Sinistre crétin
! Je sortis, sans trébucher, en claquant la porte.
Dans la pénombre du couloir, les vagues d'une chevelure
rousse me frôlèrent. Je sursautai comme si j'avais
reçu une décharge électrique mais, tout
à mon ressentiment, je me contentai de dire : «
Tiens ! Estelle, qu'est-ce que tu fais là ? »
et je n'écoutai même pas la réponse...
."Alexandrie
Online"
éditeur en ligne, publie gratuitement les manuscrits
qu'on lui envoie. |
Au nombre de téléchargements,
sur les 150 ouvrages ainsi édités, "Mon
Amour"(de l'An 2000) se classe le plus souvent
parmi les premiers. Visite la bibliolthèque
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