| Bonjour.
Je vous présente ici la « Théorie de
la Lutte pour l'Existence » et, pour l'illustrer, un
roman d'amour qui a obtenu un certain succès sur le
site « Alexandrie Online » :
…………………« Mon
Amour de l’An 2000 »………………………………
Dans cette version, le roman d’amour n’est là
que pour illustrer et vérifier la théorie, laquelle
constitue l’essentiel de l’ouvrage. Or, les critiques
m'ont appris qu'une bonne partie des lecteurs ne sont pas
intéressés par les longs développements
théoriques. A ceux-là, je propose de ne lire
que le roman. Je l'intitule :
. . . . . . . . . . . . . . . . . . ."De la Terre jusqu'au
Ciel". . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Sur la page "Téléchargement", ils
trouveront les liens vers les deux versions PDF. Cependant,
en dépit de ces critiques, force m’est de constater
que la version complète est téléchargée
plus souvent. En ce moment le rapport est en moyenne de 50
téléchargements par mois contre 30 pour «
De la Terre jusqu’au Ciel ». Je m’en réjouis.
Si des esprits compétents discutent passionnément
cette théorie, s'ils aboutissent à des conclusions
solides, que ce soit pour dire qu'elle est fiable ou, au contraire,
qu'elle ne vaut rien : alors, je serai satisfait et je prendrai
enfin ma retraite.
La « Théorie de la Lutte pour l'Existence »
est une théorie philosophique à vocation scientifique
qui touche pratiquement tous les domaines de l'entendement,
plus particulièrement l'histoire, les sciences de l'homme
et la biologie.
Enseignant, retraité maintenant, jusqu’en 1979
j’étais en même temps communiste. Entre
l’histoire réelle qu’il me fallait enseigner
et l’histoire prétendument scientifique que diffusait
le « Parti », je découvrais trop souvent
ce qui me paraissait être des contradictions. Cette
année-là, leur masse avait dépassé
le seuil critique. Je demandai un emploi à mi-temps,
ce qui me permit de chercher une meilleure explication de
l’histoire.
Après plusieurs mois de cogitation, je découvris
ce qui m’apparut comme une illumination : le concept
d’ « existence humaine » qui me permettrait
enfin de rendre intelligible l’histoire.
Et d’où venait-il, ce « besoin d’existence
» ?
J’obtins rapidement une réponse. Il se trouvait
déjà chez nos ancêtres les animaux ainsi
que dans tout le vivant. Il fallait donc refondre la «
Théorie de l‘Évolution » dans un
ensemble plus vaste qu‘on pourrait appeler la «
Théorie de la Lutte pour l‘Existence ».
Et ce « besoin d’existence » du vivant,
comment la matière avait-t-elle pu en accoucher ?
Cette question me tint quelques mois encore, jusqu’à
ce qu’un verrou sautât. Et derrière la
porte qu’il avait verrouillée, je découvris
ceci : « Et si le « besoin d’existence »
était dans la matière ? »
Depuis, je me sens pareil à David Vincent, le héros
de la série américaine « Les Envahisseurs
». Parce qu’il a surpris par hasard des extra-terrestres
en train de manigancer la fin de l’humanité,
le voilà condamné à porter seul la responsabilité
de notre sort jusqu’au moment où nous le prendrons
enfin au sérieux. Si on lui prouve qu’il se trompe,
le voilà délivré. Et si on lui prouve
qu’il a bien levé un lièvre, le voilà
également sauvé.
C’est aussi simple que cela.
Je n’ai jamais demandé à être un
héros. Et pourtant, je suis responsable de ce qu’il
me semble voir. Non ?
Si cette théorie s’avérait fiable, nous
saurions traiter beaucoup mieux que maintenant les problèmes
de notre temps : mondialisation, chômage, mortelle pollution,
surpopulation, terrorisme, génie génétique,
droits de l’homme, éducation, diversité
culturelle… L’espoir de guérir l’humanité
de la misère, du chômage, des guerres, de la
folie, l’espoir de partir vraiment à la conquête
des étoiles, l’espoir aujourd’hui bien
abattu aurait des ailes neuves.
- « Oui, mais il ne faut pas prendre nos désirs
pour des réalités.
-C’est vrai. Il ne faut pas non plus refuser une réalité
probable sous prétexte qu’elle répond
trop bien à nos désirs.
Conclusion : soyons prudents. »
Mais, depuis que j’ai écrit cette préface
en 2001, des événements alarmants ont eu lieu
qui accentuent l’urgence de la situation. Les violences
en sont le signe le plus évident. Elles sont induites
par une régression de la pensée telle qu’elle
nous ramènerait au Moyen âge. Dans ce monde qui
ne leur offre au mieux qu’un présent médiocre
et, en guise d’avenir, la certitude que nous fonçons
dans le mur, certains désespèrent et se tournent
vers les idéologies du passé. Certains veulent
que la science s’efface devant leurs textes sacrés,
ou plutôt l’interprétation qu’ils
en font. Créationnistes et intégristes de toutes
obédiences, de plus en plus nombreux, de plus en plus
influents, ils sont une grave menace pour la connaissance,
pour le peu de paix qui nous reste et pour les Droits de l’Homme.
Des idées reçues, aussi coriaces que des dogmes,
nous empêchent de voir certaines urgences, pourtant
évidentes. Par exemple, les ressources de la terre
ne permettent pas d’assurer la meilleure existence à
bientôt 9 milliards d’hommes : il faut réduire
la population. Ou encore, les nationalismes sanctifiés
dans leurs costumes patriotiques sont générateurs
de guerres ; en outre, ils nous empêchent de gérer
la mondialisation.
Un enfant de 8 ans verrait ces évidences. D’ailleurs,
il n’y a qu’à en interroger quelques-uns
pour en être certains.
Eh bien, pour faire tomber nos œillères, il suffirait
que des historiens de toute la planète nous montrent
l’origine et la genèse de ces idées reçues.
Nous verrions alors qu’il fut un temps où il
était bon de faire beaucoup d’enfants, mais que
cette bénédiction de jadis est devenue une malédiction
pour notre époque. Nous verrions aussi que le nationalisme
était bon quand il nous délivrait du féodalisme
ou de l’impérialisme, mais que maintenant, chacun
des presque 200 passagers du bus mondial ne peut pas avoir
son petit volant personnel : un conducteur pour l’autocar
planétaire et non pas 200, comme l’affirment
les adultes.
Alors, si ma théorie a quelque chance de nous aider
à sortir du bourbier, il est urgent de la tester.
En effet, si jamais elle s’avère fiable, aux
désespérés qui nous tourmentent, elle
donnera au moins l’espoir d’un présent
et d’un avenir désirables. Et les intégristes
de tous genres, reconvertis, joindront leur énergie
à la nôtre pour éviter le mur vers lequel
nous fonçons de plus en plus vite, catapultés
par l’accélération de l’histoire.
Après avoir eu cette intuition que le besoin d’existence
est probablement à l’œuvre dans tout l’univers,
j’ai découvert que je suis en phase avec quelques
chercheurs renommés que la communauté scientifique
a plus ou moins marginalisés. James Lovelock, biologiste
anglais, est à l’origine de l’hypothèse
Gaïa : la terre réagirait comme un organisme vivant
en maintenant certaines constantes nécessaires à
la vie, le taux de 21% d’oxygène dans l’air,
par exemple. Le docteur Jacques Benveniste, chercheur français,
pense avoir découvert par l’expérimentation
une « mémoire de l’eau ». Le chercheur
allemand Roland Plocher commercialise un produit qui traite
les eaux polluées en leur diffusant des « informations
» : ce procédé qu’on ne sait pas
expliquer connaît néanmoins une certaine réussite.
Les « découvertes » de ces deux chercheurs
tendraient à expliquer celles de l’homéopathie.
Formulée en 1980, ma théorie annonçait
implicitement une partie des échecs subis dans les
opérations de clonage. En effet, voici ce qu’elle
suppose. Au cours de la vie d’un individu, son besoin
d’existence garde en mémoire les événements
qui l’ont marqué et les réponses appropriées
; une partie de cette mémoire est transmise à
ses descendants par l’intermédiaire des cellules
reproductrices alias gamètes. Autrement dit, une partie
du vécu devient héréditaire, l’acquis
modifie l’inné. « Et pan, dites-vous, revoici
la monstrueuse théorie de Lyssenko qui prétendait
que l’acquis devient héréditaire ».
Eh bien, ce n’est pas du tout la même chose.
Je pense que les gamètes gardent en mémoire
les expériences les plus marquantes d’une vie
: oui. Mais il faut que ces expériences soient répétées
sur je ne sais combien de générations et de
générations avant de s’inscrire en gros
caractères dans le patrimoine de l’hérédité.
Ainsi, à supposer que la peau noire de certains types
d’hommes soit vraiment une bonne réponse aux
contraintes des climats très chauds, il a probablement
fallu des dizaines de milliers d’années pour
que se forment les ethnies noires d’Afrique, d’Inde,
de Papouasie-Nouvelle Guinée, d’Australie…
Il n’en reste pas moins que deux hypothèses induites
par ma théorie pourraient expliquer les difficultés
du clonage :
-les gènes ne sont pas les seuls facteurs de l’hérédité,
ils ne sont même pas les plus importants sur le long
terme,
-les gamètes ne portent pas les mêmes informations
que les autres cellules, celles utilisées pour le clonage,
par exemple.
Ma théorie a aussi des affinités avec plusieurs
philosophies, en particulier celles de Socrate, d’Auguste
Comte, de Karl Marx, du savant Pierre Teilhard de Chardin,
des existentialistes et des phénoménologues…
Mais elle contredit la pensée de Camus selon lequel
l'histoire est absurde. Il croyait probablement que les communistes
s'estimaient autorisés à instaurer leurs terribles
dictatures au nom de l'histoire prétendument scientifique.
Autrement dit, faire de l'histoire une science nous conduirait
nécessairement à la dictature. Eh bien, c'est
précisément le contraire. La Théorie
de la Lutte pour l'Existence nous amène à penser
que la liberté et la démocratie sont nécessaires
à l'épanouissement de l'existence humaine.
Je viens de lui découvrir une nouvelle cousine dans
un roman de science-fiction écrit par deux physiciens
américains : « Au cœur de la comète
» par Gregory Benford et David Brin. Ils formulent l’hypothèse
d’une « création » ou « évolution
» en trois étapes : d’abord l’existence
au début de l’univers, puis la vie, enfin la
conscience, l’étape humaine de la planète
Terre.
Tenez, encore un arbre à cette forêt : «
…Alors mes espoirs et mes aspirations, mes peurs et
mes soucis peuvent m'apparaître comme étant les
mêmes que ceux de milliers d'humains qui ont vécu
avant moi. Et je peux espérer que ce que j'ai imploré
pour la première fois il y a des siècles pourra
m'être accordé dans quelques centaines d'années.
Aucune pensée ne peut germer en moi qui ne soit le
prolongement de la pensée d'un ancêtre ; il n'y
a pas en réalité de nouveau germe (de pensée),
il y a l'éclosion prédéterminée
d'un bourgeon sur l'arbre antique et sacré de la vie….
». (Extraits de Ma conception du monde, le Veda d'un
Physicien par Erwin Schrödinger (Paris, Le Mail, 1982).
Et qui est ce Schrödinger ? C’est un Autrichien
du 20ème siècle. Il est l’un des pères
de la théorie des quanta et l’inventeur du fameux
chat de Schrödinger, ce qui ne l’a pas empêché
d’obtenir le prix Nobel de physique.
Si j’ai vu juste, les implications de ma théorie
conduiront à des recherches appuyées sur la
méthode expérimentale. Des milliers d’expériences
scientifiques sont envisageables. Par exemple, on devrait
pouvoir expliquer pourquoi les essais de Jacques Benveniste
ne réussissent pas à chaque fois et aboutir
à d’autres expériences, concluantes cette
fois.
Je ne veux surtout pas fonder une secte. Aussi longtemps que
cette « Théorie de la Lutte pour l’Existence
» paraîtra valable, je serai avec ceux qui la
traitent comme la « Théorie de l’Évolution
» : à la manière scientifique. Aucun dogme
: tous les éléments de l’échafaudage
peuvent être remis en cause. Et s’il advient que
les vérifications expérimentales infirment la
théorie, eh bien il faudra la mettre à la poubelle.
Parallèlement, elle pourrait servir à bâtir
des jeux électroniques complexes dont certains seraient
utiles à la science : simulations de processus biologiques,
ou historiques, ou même psychologiques.
Ce « besoin d’existence » qui cheminerait
dans la matière, c’était trop abstrait.
Je lui ai donc trouvé un nom : « Mômmanh
». Un corps et un visage ? Là, c’était
impossible. Pourtant, au fil des pages, cet obscur esprit
qui œuvre inlassablement pour conduire la matière
là où il fait bon, ce génie universel
qui inventa la vie et la conscience, Mômmanh
donc, émerge peu à peu des ténèbres
et nous devient familière.
Attention, une fois de plus : ce n’est qu’une
hypothèse. Mais vous avez bien le droit d’aimer
une hypothèse.
Je l’ai enchâssée dans deux romans.
Le premier, de 420 pages, contient la théorie. Sa
lecture vous paraîtra sans doute ardue : c’est
le prix à payer pour aller jusqu’au bout de ma
réflexion. Il a pour titre « Mon Amour de l’An
2000 ». Vous pouvez le télécharger à
partir de cet espace.
Le deuxième n’a que 320 pages, mais il ne contient
pas la théorie. Mômmanh
y est présentée comme un personnage imaginaire
comparable à un dieu antique. Je l’ai intitulé
: « De la Terre jusqu’au Ciel ».
Parce qu’il fait appel à toutes les dimensions
de l’existence, l’amour convient particulièrement
bien pour mettre en scène ce qui n’est encore,
hélas, que « ma » théorie.
Ainsi analysé et reconstruit, l’amour devrait
vous apparaître encore plus merveilleux : agent essentiel
de l’existence humaine et source de félicités
sans pareilles. Et surtout, vous devriez réaliser,
si ce n’est déjà fait, qu’il est
à votre porte.
Le premier ouvrage, le roman philosophique, comprend donc
deux parties développées en parallèle
: le roman et la théorie. Celle-ci, en caractères
gras italiques, est facile à distinguer. Vous pouvez
donc, si cela vous chante, ne lire que le roman.
Les deux versions peuvent être téléchargées.
Il suffit de cliquer sur l'un des icônes ou des onglets
marqués "Télécharger l'ouvrage...".
J'irai chaque jour (ou presque) lire vos critiques dans mon
email. Dans le courrier des lecteurs, je mettrai à
votre disposition toutes celles qui me paraîtront solides.
Si vos diplômes, votre expérience, votre renommée
peuvent appuyer vos dires, dites-le afin de faire avancer
les débats.
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Brève présentation
de la théorie :
Structure de
l’Existence
Humaine |
2-MÔMMANH.
Volonté d’existence :
origine et guide de la vie,
origine et guide de l’homme.
« Voilà. Il va falloir bientôt quitter
le rivage où je suis couché depuis si longtemps
en écoutant la mer...Il va faire frais et je n’ai
jamais appris à allumer le feu et à me chauffer
moi-même... Je vais essayer de demeurer là encore
un moment à écouter parce que j’ai toujours
l’impression d’être sur le point de comprendre
ce que l’océan me dit. Je ferme les yeux, je
souris et j’écoute. Il me reste encore de cette
curiosité. Plus le rivage est désert et plus
il me paraît toujours peuplé. Les phoques se
sont tus sur les rochers et je reste là, les yeux fermés,
en souriant..... » (ROMAIN GARY)
Comme je te l’ai dit, mon imagination a laborieusement
exhumé Mômmanh
voici plusieurs années, dans un no man’s land
bien particulier, par-delà les frontières de
la pensée raisonnable.
Dans un premier temps, j’eus l’idée que
l’homme est peut-être mu par un formidable désir
d’existence.
Qu’est-ce que l’existence ?
La Théorie de l’Evolution peut s’intituler
« Théorie de la Lutte pour la Vie » : vie
de l’individu et de son espèce. Voilà
ce qui conduirait l’évolution du vivant. Ma théorie
va plus loin. Le désir d’existence ne s’arrête
pas quand il a assuré la vie de l’espèce.
Il recherche aussi la vie d’autres espèces et
même la conservation de certains éléments
non vivants tels que les beaux paysages de pierre, de sable,
d’eau, de glace ou de nuages, de lumière ou de
feu... C’est pourquoi je propose qu’on élargisse
la théorie de Darwin à un ensemble plus vaste
que l’on appellerait : « Théorie de la
Lutte pour l’Existence ».
Pour réussir à comprendre mes explications,
tu dois avoir sous les yeux le tableau que j’ai placé
à la suite de cette introduction. Il vise à
représenter la structure de l’existence humaine.
Je te conseille de l’imprimer : ainsi tu pourras l’utiliser
tout au long du roman, chaque fois que j’essaierai de
mettre en pratique la théorie de « La Lutte pour
l’Existence » .
Voici donc, pour commencer, comment je vois l’existence
chez l’homme. C’est la vie et les plaisirs en
même temps que la communion avec nos semblables, à
la fois dans le présent et dans la longue durée,
l’éternité même, si possible. Elle
se réalise tantôt de façon individuelle
tantôt par procuration sur autrui – tantôt
égoïste, tantôt altruiste, si tu préfères
- ou encore en combinant les deux modes : nos enfants, nos
ancêtres préférés, nos lointains
descendants, les célébrités en tous genres,
la patrie, l’humanité, la nature... peuvent être
porteurs de notre existence.
Voici donc présentés les six éléments
de base de l’existence humaine.
Quand l’une de ces composantes est trop difficile à
réaliser, le désir d’existence se tourne
vers les autres. Si le présent n’offre rien de
bon, l’homme va se tourner vers la pérennité,
une religion, par exemple. Si sa vie personnelle ne présente
aucun attrait, il peut déléguer son existence
à quelqu’un de mieux placé : un champion
de football, un savant, un grand acteur, son patron ou sa
patronne, un ami… Il existera ainsi par procuration,
comme le bon chien qui sacrifie sa vie pour son maître.
L’existence qui englobe l’espace-temps le plus
large, régie par des lois morales, est prioritaire,
mais celle qui touche au plus près l’individu
- moi, ici, maintenant -, est la préférée.
A cette étape de ma réflexion, je pensais encore
que le désir d’existence est le propre de l’homme,
mais j’observai plusieurs signes témoignant de
sa présence chez l’animal.
Alors je me demandai quand et comment, au cours de l’évolution,
le désir d’existence avait bien pu apparaître.
Quand ? Mes connaissances en paléontologie ne m’autorisaient
pas à répondre. Comment ?... J’avais beau
me triturer la cervelle dans tous les sens, je ne voyais pas
comment la matière aurait pu accoucher d’une
telle abstraction, comment ses atomes avaient pu se mettre
à ressentir des émotions, au point de mourir
d’amour, comment elle avait pu créer ce qui,
en fin de compte, est l’essence de l’esprit.
Comment ?...
Alors, je me dis : « Et si ce désir d’existence
y était déjà, dans la matière
? »
Mômmanh venait
de naître.
J’en ai fait un modèle de science-fiction, pour
simuler l’apparition et l’évolution de
la vie, principalement la nôtre, notre histoire, et
nos histoires. Je l’utiliserai de temps à autre,
tout au long de ce roman, pour tenter d’expliquer ce
qui en constitue la matière : les personnages, la nature,
les pays, l’histoire, l’univers. C’est le
côté « science » de cet ouvrage,
l’autre côté, la fiction, se trouve dans
le roman.
« Science » et fiction : comment t’y retrouver
? C’est simple. Chaque fois que j’utiliserai le
modèle à vocation scientifique, j’utiliserai
les mêmes caractères spéciaux que dans
ce chapitre : gros, gras, couchés sous leur propre
poids.
Dans ce modèle, Mômmanh
– c’est-à-dire la matière - serait
douée de mémoire : parmi les éléments
l’ayant touchée, elle se souviendrait de ceux
qui ont répondu à son désir d’existence,
en bien comme en mal. Ensuite, quand les aléas de la
vie amènent de nouveau à son contact des agents
qu’elle a connus, elle aurait le pouvoir d’agir
sur eux : elle saurait favoriser les éléments
qui sont de bons souvenirs et repousser leurs contraires.
Il est très probable qu’elle renforce les souvenirs
souvent évoqués tandis qu’elle efface
progressivement les autres. Ce processus l’aurait conduite
à inscrire dans notre hérédité
biologique les mémoires cumulées des faits marquants
et répétés advenus à toute notre
lignée d’ancêtres depuis la naissance de
la vie. Autrement dit, nos cellules reproductrices, les spermatozoïdes
et les ovules, alias gamètes, porteraient dans leurs
gènes et autour de ceux-ci, la mémoire de tout
ce qui a marqué durablement la vie de tous nos ancêtres.
Tu comprends maintenant que l’intelligence artificielle
ne pourra jamais reproduire l’intelligence humaine :
il faudrait pour cela qu’elle dispose de notre colossale
mémoire tant innée qu’acquise, tant consciente
qu’inconsciente. A supposer qu’elle avale cet
océan, il faudrait encore qu’elle puisse éprouver
chaque goût et dégoût associé à
chacun de ces souvenirs qui sont comme autant de gouttes d’eau
dans une mer.
Observer les êtres avec l’aide de Mômmanh,
ou leur faire passer une radio, c’est un peu la même
chose : on découvre des choses qui étaient invisibles.
Réelles ? Ou imaginaires ?
En tout cas, c’est le jeu que je te propose. Nous allons
demander à Mômmanh
de nous raconter l’amour.
Et, une fois de plus, ceci n’est qu’une hypothèse
développée en forme de théorie. Il appartient
à la science de la tester et d’apprécier
sa fiabilité. Si tu cherches un gourou, tu ne le trouveras
pas ici.
Qui sait flairer les idées reçues
périmées ?
Tout ce que, depuis la naissance, nous avons appris de gré
ou de force : voilà nos idées reçues.
Combien sont-elles ? Des millions ? En tout cas, cette multitude
a tissé notre esprit. Nous ne pouvons vivre sans elles.
La plupart sont justes. Et pourtant ?… Et pourtant,
c’est en refusant l’une par-ci, l’autre
par-là, que, bien souvent, nous avons débloqué
notre pensée, ouvrant la voie à de nouvelles
connaissances. Ainsi l’homme qui, le premier, a mis
en doute ce que nos yeux croient voir, le soleil tournant
autour de la terre, celui-là, on l’a pris pour
un fou. Et quand Einstein a prétendu que le temps n’était
pas constant, heureusement qu’il avait de solides preuves
mathématiques.
Eh bien, ma nouvelle Théorie de la Lutte pour l’Existence
bouscule plusieurs idées reçues, ce qui me donne
souvent la réputation d’un fou et me conduit
à ramer seul à contre-courant.
Et d’ailleurs, rien ne prouve qu’elle soit juste,
ma théorie !
Il n’y a aucune trace d’esprit dans la matière
: voilà la première et la plus forte des idées
que je réfute. L’esprit serait en germe dans
la matière sous la forme du besoin d’existence
: telle est mon hypothèse. Sur ce pavé dans
la mare, j’ai construit ma théorie.
Les implications de celle-ci mettent en cause d’autres
idées reçues. Beaucoup. En voici quelques-unes.
-Idée reçue : Il ne faut pas faire comme Marx,
il ne faut pas chercher une explication scientifique de l’histoire
car cela nous mènerait à la dictature. Mieux
vaut penser comme Albert Camus que « l’histoire
est absurde ».
-Réponse de la nouvelle Théorie de la Lutte
pour l’Existence : Elle serait à notre évolution
culturelle ce que la Théorie de l’Evolution est
à la biologie : une théorie scientifique qui
aiderait grandement les historiens à comprendre l’histoire,
donc à la maîtriser. Nous pourrions alors éviter
quelques catastrophes que nous amène cette cavale folle
: guerres mondiales, désastres écologiques,…
Et au lieu de favoriser la dictature, cela éloignerait
celles qui nous menacent en réponse à notre
impuissance. Oui, il faut chercher une explication scientifique
de l’histoire.
-Idées reçues : Il n’y a pas de culture
supérieure, l’homme n’est pas supérieur
aux autres animaux.
-Réponse de la nouvelle Théorie de la Lutte
pour l’Existence : Il y a des éléments
de supériorité dans les cultures : ceux qui
contribuent le mieux à l’épanouissement
de l’existence, les connaissances scientifiques par
exemple, ou encore les aptitudes à conserver la vie,
et aussi les découvertes artistiques… Quant à
l’homme, il possède ce qu’aucun autre animal
ne sera capable d’acquérir avant très
longtemps : un pouvoir sans précédent pour maîtriser
notre environnement, ou pour le détruire. En dressant
la cavale folle qu’est l’histoire, nous pourrions
juguler notre pouvoir de destruction tout en conservant l’extraordinaire
puissance de notre conscience universelle.
Et nous pourrions continuer longtemps dans cette veine des
idées reçues chamboulées par la nouvelle
Théorie de la Lutte pour l’Existence.
| STRUCTURE
de l'EXISTENCE HUMAINE |

| Quelques pistes
pour l'expérimentation |
La « Théorie de la Lutte pour l’Existence
» touche à tant de domaines qu’elle conduit
à de multiples implications. Elle se développe
à partir d’un point de vue révolutionnaire
: l’esprit serait en germe dans la matière, sous
la forme du « besoin d’existence ». Il est
donc normal qu’elle nous entraîne à induire
des implications révolutionnaires, lesquelles seraient
autant de découvertes si l’expérimentation
venait à les confirmer. Bien sûr, il n’est
pas possible que toutes soient justes, mais il suffit de quelques
diamants pour payer la peine des prospecteurs.
Ma théorie est née d’une réflexion
pour aller vers une explication scientifique de l’histoire,
meilleure que celle de Marx. Je cherchai d’abord quel
est le propre de l’homme, cet animal unique parmi des
millions et des millions d’espèces, le seul,
justement, qui ait une histoire. Je crus avoir la réponse
dans ce qui suit. On le trouve au chapitre 3, p. 32 de mon
livre
http://www.livingexistence.net/pdf/MonAmour.pdf
| La nature
a-t-elle une conscience ? Qu'est-ce que la conscience
animale ? Qu'est-ce que la conscience humaine ? Quel est
le propre de l'homme ? |
Mais la conscience que Mômmanh
nous a donnée, à nous seul, l’unique animal
humain sur cette terre, cette conscience qui semble tellement
être le propre de l’homme n’est pas encore
suffisamment développée pour que ce dernier
en assume la charge : responsable de tout ce qui vit sur notre
planète, responsable de l’existence terrienne.
La conscience serait ainsi le propre de l’homme ?
Attention, il y a conscience et conscience. Celle-là,
la nôtre, je la nommerai « conscience libérée
» par opposition à celle qui ne peut aller plus
loin que les sens et que j’appellerai « conscience
captive ».
Et j’en vois un troisième type, antérieur
aux deux autres : la conscience de Mômmanh. Celle-là,
je la nommerai « conscience aveugle ».
Là, je pense à l’infime parcelle de la
matière éparpillée dans l’univers,
l’infime parcelle de notre mère qui a eu la chance
de découvrir la vie où elle s’est installée.
De génération en génération, elle
a enregistré la mémoire existentielle de tous
mes ancêtres, depuis la première bactérie,
voici plus de trois milliards d’années, jusqu’à
ma précieuse personne dont le tour est venu de vivre
avant de sombrer dans l’histoire. Et il en est ainsi
pour chacun de nous, de même que pour chaque être
vivant.
Cela en fait, de la sagesse longuement gagnée au travers
des milliards et des milliards de vies dans lesquelles Mômmanh
s’est incarnée ! Que pèse ma toute
minuscule conscience libérée à côté
de cela ? Pratiquement rien, en apparence, et cependant énormément,
en réalité, comme tu ne vas pas tarder à
le comprendre.
Voilà ce qui constitue l’essentiel de notre cher
ego : une infime parcelle de Mômmanh
qui porte l’expérience de presque tout le vivant
et qui se trouve aux commandes de notre être.
« - Et comment se fait-il que quelqu’un ou quelque
chose me commande sans que je m’en aperçoive
?
- Parce ce quelqu’un ou quelque chose, c’est toi,
gros bêta.
- Mon dieu ! Comment tout cela est-il possible ? »
J’imagine que cela s’est passé de la façon
suivante. Et n’oublie pas qu’il s’agit d’un
modèle de science-fiction qui n’appartient pas
encore et n’appartiendra peut-être jamais à
la vraie science.
Le désir d’existence que j’appelle Mômmanh,
présent dans le moindre atome de la matière,
garde en mémoire tous les événements
qui le touchent : d’un côté, ceux qui lui
font du bien, de l’autre, ceux qui lui font du mal.
Ceci fait, quand se présente à nouveau un des
faits consignés dans la mémoire de Mômmanh,
elle le traite selon sa catégorie, accueillant à
bras ouverts celui qu’elle reconnaît comme lui
ayant déjà fait du bien et rejetant son contraire,
celui qu’elle reconnaît comme lui ayant déjà
fait du mal. Car elle a ce pouvoir de favoriser ce qui lui
semble être le bien et de repousser ce qui lui paraît
être le mal. Ceci, bien entendu, dans la limite de ses
forces présentes sur les lieux.
Ne sont conservés en mémoire que les événements
qui se répètent ; sont donc gommés les
faits accidentels et beaucoup d’autres trop aléatoires.
Ainsi, nichée dans l’esprit de la souris qu’elle
crée depuis des temps immémoriaux, Mômmanh
a découvert que les habitations humaines lui offrent
le gîte et la table, mais qu’il faut se méfier
du chat ; elle se souvient, et elle installe quand même
la souris dans nos demeures au fur et à mesure que,
toujours de la même façon, par l’accumulation
des expériences et la mémoire existentielle,
elle développe une stratégie efficace de défense
contre les chats.
Voilà comment, petit à petit, Mômmanh
a couvé et favorisé l’apparition de la
vie puis l’épanouissement que nous lui connaissons.
Mais comment ont pu s’effectuer les relais, d’une
génération à l’autre, depuis l’origine
jusqu’à nous ?
Le seul pont biologique entre parents et enfants, ce sont
les cellules reproductrices fécondées. Pour
transmettre l’héritage de sa mémoire existentielle,
Mômmanh doit
donc l’installer là, mais il est probable que
toutes les cellules reproductrices en bénéficient.
Uniquement celles-là ? Si tel était le cas,
le clonage reproduirait des individus incomplets, mal armés
pour la vie.Mais ceci est une autre histoire.
Et voilà comment Mômmanh
invente par millions, par milliards, des façons d’exister
dans le vaste univers qui toujours se dérobe. Malgré
tout, parmi la multitude de ses avatars, les plus douées
de ses créatures n’étaient encore que
des animaux jusqu’à l’émergence,
voici quelques deux millions d’années, de l’homme,
une espèce unique tellement différente des autres
qu’elle a beaucoup de peine à reconnaître
ses parents. Depuis son apparition, sa puissance existentielle
croit à la façon d’une boule de neige.
C’est maintenant une avalanche qui peut balayer la terre
entière si nous n’apprenons pas, le plus tôt
possible, à bien la conduire.
« - Quelle est donc cette qualité que ne possèdent
aucun des animaux ?
- C’est la conscience libérée.
- Ah bon ?
- Eh oui. Nos cousins les grands singes, chimpanzés
et compagnie, ont des mains grâce auxquelles ils pourraient
être des fabricants aussi habiles que nous. Mais il
leur manque la conscience libérée. »
La conscience libérée ?...
J’imagine que son émergence a commencé
de la façon suivante.
Un jour, un enfant de singe anthropoïde est né
avec un don extraordinaire : il était capable de concevoir
avec précision des réalités situées
hors de portée de ses sens. Il pouvait voir des choses
qui n’étaient pas sous ses yeux, il pouvait entendre
un cri d’oiseau que ses oreilles ne percevaient pas.
Grâce à cette anomalie, il su rapidement mettre
dans sa mémoire les chemins intéressants, ceux
qui conduisaient à la rivière, au gibier, aux
lieux de cueillette, aux refuges... Sans voir de ses yeux
la lointaine clairière giboyeuse, il savait par où
partir et dans quelle direction aller.
L’intelligence de l’animal ne peut s’exercer
au delà du champ perçu par ses sens. Les souvenirs
qu’il a d’expériences passées sont
suffisamment précis pour qu’il reconnaisse le
déjà vécu quand il se présente,
mais beaucoup trop vagues pour qu’il puisse les revivre
et les manipuler par la pensée. Le chien peut bien
rêver d’un chapelet de saucisses, pour ce qui
est de l’action, il est prisonnier dans le champ étroit
de ses perceptions : son rêve risque fort de ne jamais
se réaliser. Mais moi, grâce à mes souvenirs
précis, je peux reconstituer le réel avec lequel
j’ai été en contact. Donc je fouille dans
mes souvenirs et j’en extrais de quoi construire un
chemin qui me conduira aux fameuses saucisses. Ma conscience
est affranchie de mes sens.
C’est une conscience libérée.
Eh oui. Puisque l’homme a la faculté de percevoir
les souvenirs de réalité vécue avec presque
autant de précision que si elles touchaient encore
ses sens, il a pu développer la connaissance, les techniques
et les arts. Il est capable de voir, donc d’agir, bien
au-delà de ses sens, de plus en plus loin dans le vaste
univers : c’est cela, la conscience libérée.
Il sait depuis longtemps que sa mort est inéluctable
alors que, enfermée dans sa conscience captive, la
vache ignore toujours que son bon maître la destine
à l’abattoir.
N’allons pas, cependant, faire de cette aptitude le
propre de l’homme. De nombreux animaux la possèdent,
mais à un degré infinitésimal. C’est
comme s’ils avaient fait un tout petit pas dans cette
voie et puis se seraient arrêtés, ne voyant pas
l’intérêt de continuer.
Récapitulons, si tu le veux bien. Revoyons, si tu veux,
l’obstiné cheminement de Mômmanh
vers la grande étape existentielle qu’est l’éclosion
de la conscience libérée.
Quand elle se trouve enfermée dans quelques grains
de matière, Mômmanh
ne peut percevoir que l’environnement en contact direct
avec elle : c’est bien peu et bien pauvre doit être
la mémoire qui se constitue dans de telles conditions.
Elle n’est alors que pur désir et force aveugle.
La première forme de conscience qu’elle connaisse
est la conscience aveugle.
La conscience aveugle s’est enrichie considérablement
au fil du temps, principalement avec l’évolution
de la vie. En effet, quand Mômmanh
se trouve aux commandes d’un corps vivant, elle se constitue
une mémoire génétique, beaucoup plus
riche que la précédente. En outre, elle perçoit
davantage d’éléments extérieurs,
surtout quand elle habite un corps animal et qu’elle
tire profit de sa mobilité. Mais elle se trouve encore
limitée au champ que peuvent percevoir les sens de
l’animal qui la porte.
Cette conscience aveugle enrichie parvient aux êtres
vivants par le canal de l’hérédité.
Elle s’y exprime au nom de Mômmanh
en dirigeant les actes instinctifs. Elle est le premier ministre
du besoin d’existence, elle est le vizir de Mômmanh.
Mais elle reste enfermée dans la deuxième forme
de conscience : la conscience captive.
Enfin, lorsqu’elle se trouve dans le corps d’un
homme, par l’intermédiaire de l’intelligence
extraordinaire qu’elle nous a donnée, son regard
peut aller du cœur de l’atome à l’infini
des étoiles : elle accède enfin à la
troisième forme : la conscience libérée.
Essayons d’avancer un peu plus.
Nous avons vu que, selon mon hypothèse de base, la
conscience aveugle, agissant au nom du besoin d’existence,
garde en mémoire tout ce qui lui paraît bon et
son contraire, tout ce qui lui paraît mauvais.
La conscience aveugle est donc la base de notre morale, laquelle
dicte notre conduite.
La conscience aveugle s’enrichit de toutes les expériences
mémorisées par les grains de matière
qui la portent. Arrive le temps où elle s’installe
dans les êtres vivants, de plus en plus complexes. Elle
dirige alors leur conscience captive. Enfin, et c’est
le seul stade ultime connu sur notre planète, elle
s’installe dans l’homme dont elle oriente la conscience
claire.
Il s’ensuit que la morale est partout, dans la matière,
dans les plantes, dans les animaux et, bien sûr, dans
notre très chère humanité.
Tu comprends maintenant pourquoi nous avons donné au
mot conscience ces deux sens apparemment étrangers
:
-avoir conscience d’une portion de l’univers,
-avoir conscience de ce qu’il est bon de faire ou de
ne pas faire, avoir une conscience morale.
Et le propre de l’homme, dans cette histoire ?
Je t’ai longuement parlé de l’aptitude
à imaginer le réel sans l’aide de ses
sens, aptitude qui permet à la conscience libérée
de se développer. Eh bien, j’ai cru longtemps
que ce don était réservé aux hommes.
J’ai cru que c’était le propre de l’homme.
Je l’ai cru jusqu’au moment où on m’a
rapporté diverses expériences portant le label
scientifique et prouvant le contraire.
Certains animaux imaginent des plans simples pour atteindre
un but hors de la portée de leurs sens. Ainsi, le fameux
chimpanzé du zoo de Stockholm préparait, dans
la solitude de sa cage, des tas de cailloux destinés
aux touristes qui viendraient lui rendre visite. Il fallait
bien qu’il y eût dans sa tête une idée
suffisamment claire de ces touristes absents. Et il existe
d’autres exemples de ce genre, non seulement chez plusieurs
représentants de nos cousins les singes, mais jusque
chez certains oiseaux lesquels ne sont même pas des
mammifères et ne possèdent qu’un petit
cerveau.
Provisoirement, j’en ai déduit que l’animal
aussi peut avoir un embryon de cette conscience que je croyais
réservée à l’homme. Mais un tout
petit embryon seulement car, entre la conscience de l’oiseau
capable de retrouver les endroits où il a caché
de la nourriture et celle capable d’élaborer
la Théorie de la Relativité, il y a l’infini
presque entier.
Pourtant, il faut bien qu’il y ait un propre de l’homme,
c'est-à-dire un barrage à franchir pour accéder
aux capacités humaines. S’il n’y avait
pas ce barrage, le jeu de l’évolution aurait
conduit quelques espèces animales plus ou moins loin
sur le chemin emprunté par l’humanité.
Et il y aurait plusieurs espèces humaines sur la terre,
plus ou moins avancées sur cette voie qui mène
à la conscience libérée, à la
pensée.
Une autre hypothèse est envisageable. Elle m’a
été suggérée par le paléoanthropologue
Pascal Picq. Je le cite.
« …Les pressions de sélection qui finissent
par fixer la durée de la gestation humaine à
9 mois n’émergent pas par enchantement du jour
au lendemain. Cela débute certainement avec les premiers
représentants du genre homo, les homo ergaster, il
y a 2 millions d’années. D’un côté,
une évolution vers une bipédie très efficace
qui impose un bassin étroit. De l’autre, le développement
relatif du cerveau. Ces deux tendances évolutives se
rencontrent au moment de l’accouchement. Dès
lors, les femmes qui portent en elles des petits dont la durée
de gestation dépasse neuf mois meurent dans les pires
souffrances. Cela ne cessera jamais, puisque si la taille
du bassin change peu au cours de l’évolution
du genre homo, la taille du cerveau double !...» (Pascal
Picq – Nouvelle Histoire de l’Homme – ch.
6)
Cela me conduit à penser que l’évolution
de l’homme est peut-être passée par une
sorte de labyrinthe constitué d’une série
d’impasses dont le franchissement était hautement
improbable. J’appelle impasses des caractères
nouveaux qui ne favorisent pas la survie de l’espèce
: la sélection naturelle tend à les éliminer,
ou du moins à ne pas les développer. Ceci expliquerait
qu’une seule espèce sur terre ait réussi
ce parcours.
-Premier exemple : La bipédie libérait les mains
et rendait les pieds impropres à la préhension.
A cette époque, le primate avait justement besoin de
ses quatre mains pour s’accrocher aux branches, échappant
ainsi à ses prédateurs. Les hominidés
ont quand même développé cette aptitude
handicapante : première impasse.
-Deuxième exemple : Le développement du crâne
amenait la mort en couches d’un grand nombre de femelles
humaines : deuxième impasse.
-Troisième exemple : L’absence de fourrure oblige
l’homme à chercher des artifices pour se protéger
contre le froid et les autres intempéries : troisième
impasse.
Des impasses, il en existe probablement d’autres. Certaines,
comme le crâne excessivement gros des bébés
humains, contiennent même un danger de mort pour l’espèce.
Mais, après l’improbable franchissement de ce
fichu labyrinthe, on découvre que les handicaps associés
sont devenus de précieux avantages.
Même les chimpanzés paraissent bloqués
dans ce labyrinthe. Ils possèdent des mains malhabiles,
mais celle-ci ne leur servent pas à grand chose, puisqu’«
ils ne voient guère plus loin que le bout de leur nez
», puisque ce qui est hors de portée de leurs
sens échappe quasiment toujours à leur réflexion.
Alors, comment pourrait leur venir l’idée de
fabriquer des objets pour « beaucoup plus tard »
?
Ils possèdent un infime embryon de conscience libérée,
mais pourquoi le développeraient-ils puisqu’ils
ne possèdent pas les indispensables outils d’accompagnement
? C’est comme s’ils avaient un moteur rudimentaire,
mais pas la roue, ni les métaux, ni les connaissances
techniques : pourquoi essaieraient-ils de fabriquer une voiture
? Il vaut mieux qu’ils développent leurs sens,
leur résistance aux maladies, leur agilité.
Voilà les qualités que privilégie alors
la sélection naturelle.
Il en est de même du langage articulé : que pourraient-ils
bien en faire s’ils le développaient ?
La bipédie libère la main pour fabriquer toutes
sortes d’objets, et elle permet de voyager loin. L’absence
de fourrure permet de réguler la température
par la transpiration : il devient ainsi possible de fournir
de longs efforts soutenus, de travailler ou de marcher longtemps.
Le gros cerveau permet de penser, guidant la main dans ses
fabrications et les pieds dans leurs voyages Il devient alors
très utile de développer l’aptitude à
la conscience libérée en même temps que
les dispositions pour le langage articulé.
Il est probable que, dans le même temps, la conscience
libérée révélait à l’homme
la précarité de son existence, aussi fragile
que la flamme d’une bougie. C’était le
début de l’angoisse existentielle, insupportable
alors. Il y avait de quoi se suicider. Encore une impasse.
Il a fallu, si ce n’était déjà
fait, que Mômmanh
invente des parades :
-une certaine aptitude à prendre ses désirs
pour des réalités qui permet de créer
des idéologies, d’être sauvé par
la foi,
-une certaine aptitude à cacher dans l’inconscient
les réalités insoutenables dévoilées
par cette fichue conscience libérée,
-et que sais-je encore…
Ainsi, l’homme serait unique sur terre parce que sa
genèse résulterait d’une conjonction de
facteurs hautement improbable, tellement improbable que plusieurs
espèces humaines sont passées à la trappe
de la sélection naturelle, le dernier connu étant
Néanderthal.
Avec l’homme ainsi doté, Mômmanh
tient peut-être enfin le moyen d’établir
le règne de l’existence sur la terre. Sur l’univers,
même ! En tout cas, elle ne peut que nous faire confiance,
aussi longtemps que nous ne trahissons pas.
Eh oui ! Grâce à ce don de la conscience libérée,
nous voilà promus grands chefs dans la lutte pour l’existence.
Cependant, Mômmanh
garde presque tous les secrets de sa conscience aveugle, et
voilà qui manque beaucoup à notre conscience
libérée : pendant ces milliards d’années
où elle cheminait dans le noir, telle une taupe, tâtonnant
et suivant les indications de sa seule mémoire chaque
fois qu’un contact avec l’environnement éveillait
celle-ci, elle a quand même réalisé des
merveilles dont la moindre dépasse notre entendement.
Elle nous a procuré la conscience libérée
qui lui manquait cruellement, soit, mais nous sommes toujours
incapables de donner vie à la matière ainsi
qu’elle l’a fait. Il nous faut donc, bien modestement,
accepter de servir et d’interroger dame nature, surtout
celle qui est vivante, du moins aussi longtemps qu’elle
se montrera plus savante que nous
.
Avec les moyens modernes d’investigation dans le cerveau
et autres composantes de notre esprit, on doit pouvoir imaginer
des expériences pour voir comment fonctionne la conscience
libérée. Il ne faut pas oublier les animaux
: il serait intéressant de voir pourquoi les plus avancés
dans cette voie de la conscience libérée des
sens restent quand même bloqués au stade du tout
premier pas.
Un article en provenance de Harvard fait le point sur ce sujet
:
« Self-projection and the brain
Randy L. Buckner1,2,3,4 and Daniel C. Carroll
Department of Psychology and Center for Brain Science, Harvard”
Voici le lien : http://www.hss.caltech.edu/~steve/buckner.pdf
En voici quelques extraits.
« …When thinking about the future or the upcoming
actionsof another person, we mentally project ourselves intothat
alternative situation. Accumulating data suggest that envisioning
the future (prospection), remembering the past, conceiving
the viewpoint of others (theory of
mind) and possibly some forms of navigation reflect the workings
of the same core brain network. These abilities emerge at
a similar age and share a common functional anatomy that includes
frontal and medial temporal systems that are traditionally
associated with planning,
episodic memory and default (passive) cognitive states.
We speculate that these abilities, most often studied as distinct,
rely on a common set of processes by which past experiences
are used adaptively to imagine perspectives and events beyond
those that emerge from the immediate environment…. »
Autrement dit, se souvenir des événements marquants
(mémoire épisodique), se projeter dans l’avenir,
se mettre à la place des autres et peut-être
quelques modes d’orientation, toutes ces fonctions révéleraient
le travail d’un même réseau cérébral.
Un autre :
« …Chimpanzees and orangutans will select
and save a suitable tool for use many hours later]. However,
it has been difficult to establish whether great apes have
planning
capacity that is similar to humans. For this reason, many
have argued that abilities that depend on self-projection
in its fullest form are uniquely human.…. »,
Quelques chercheurs pensent donc ceci : « puisque certains
animaux ont, à un niveau élémentaire,
la faculté de se projeter dans l’avenir, le propre
de l’homme ne serait-il pas d’avoir la même
aptitude, mais développée à un niveau
très élevé ? »
Ami lecteur, tu as vu dans le précédent extrait
pour quelles raisons je pense qu’il faut chercher ailleurs
le propre de l’homme.
Encore ce dernier extrait que je trouve remarquable, pour
ceux que ne décourage pas l’Anglais. Il y est
question de l’évolution convergente de quelques
oiseaux et quelques mammifères, dont l’homme,
vers l’aptitude à se projeter dans l’avenir.
Il y est dit que les animaux n’ont développé
que des protoformes de cette aptitude. Néanmoins, il
y a là des possibilités pour étudier
les processus en jeu.
“…Prospection and related forms of experience
projection have received thoughtful consideration regarding
the degree to which non-human animals possess them. Some have
argued that experience projection is a uniquely human ability
and others have argued that prospection-like abilities exist
in other animals. Three conclusionsemerge fromthe literature.
First, certain bird species have adapted to overcome similar
challenges that self-projection might have evolved to address
in humans, presumably through convergent evolution].
Second, self-projection in humans is more developed than in
other animals, perhaps with qualitative differences that emerge
from our self-awareness ].
Finally, other animals exhibit behavioral and neural patterns
that might represent proto-forms of self-projection. These
proto-forms provide opportunities for mechanistic study.
Of all known parallels of self projection, the most remarkable
is that of certain caching birds]. Scrub jays cache food across
numerous locations. On their return, they recover food from
the specific locations, prioritizing perishable foods that
are still edible . To protect their cache, scrub jays preferentially
select storage locations that are out of sight of pilfering
birds . Moreover, if the scrub jays have experience of pilfering
the food of others, they will recache their own food if another
bird was present when they first stored the food, as if to
protect it from future theft …. »
| Le Besoin
d'Existence est une composante de la matière |
C’est le pilier de ma théorie, dans ses implications
biologiques. Vous avez pu en avoir un aperçu dans ce
que vous venez de lire, p. 16. Je me permets quand même
de le répéter :
« …Dans ce modèle, Mômmanh
– c’est-à-dire la matière - serait
douée de mémoire : parmi les éléments
l’ayant touchée, elle se souviendrait de ceux
qui ont répondu à son désir d’existence,
en bien comme en mal. Ensuite, quand les aléas de la
vie amènent de nouveau à son contact des agents
qu’elle a connus, elle aurait le pouvoir d’agir
sur eux : elle saurait favoriser les éléments
qui sont de bons souvenirs et repousser leurs contraires.
Il est très probable qu’elle renforce les souvenirs
souvent évoqués tandis qu’elle efface
progressivement les autres. Ce processus l’aurait conduite
à inscrire dans notre hérédité
biologique les mémoires cumulées des faits marquants
et répétés advenus à toute notre
lignée d’ancêtres depuis la naissance de
la vie. Autrement dit, nos cellules reproductrices, les spermatozoïdes
et les ovules, alias gamètes, porteraient dans leurs
gènes et autour de ceux-ci, la mémoire de tout
ce qui a marqué durablement la vie de tous nos ancêtres….
»
Il y a aussi ce qui suit. On le trouve dans le chapitre 10
de mon roman, à la page 351 : http://www.livingexistence.net/pdf/MonAmour.pdf
« ….Est-ce que les acquis existentiels de
notre vie s’inscrivent dans la mémoire de nos
gamètes ?
Est-ce bien toi, Mômmanh,
qui a eu cette cruauté ?
Je te l’ai déjà dit, dans notre jeu de
science-fiction, dans le modèle que je développe,
Mômmanh est
notre vieille mère aveugle. L’infime fraction
d’elle-même qui se réalise à travers
moi, je l’appelle « ma mômmanh
». Pour satisfaire son impérieux appétit
d’existence, tout au long des milliards d’années
qui s’écoulent depuis l’origine, elle garde
en mémoire le goût pour ce qui lui a fait du
bien et le dégoût pour ce qui lui a fait mal.
Mais, incapable de concevoir l’univers, elle ne peut
faire de projets. Pour cela, elle fait appel au prodigieux
cerveau qu’elle a patiemment élaboré :
le nôtre.
Elle est notre vieille grand-mère aveugle assise au
coin du feu. Nous lui rapportons tout ce que nous avons vu.
Elle fouille dans son immense mémoire et nous dit :
« Mon enfant, ceci est bon : tu dois le rechercher.
Mais, fais bien attention ! Cela est mauvais : il faut t’en
écarter. »
Tout petits, nous buvons la sagesse de notre mômmanh.
Ensuite, au fur et à mesure que se forment nos propres
goûts et dégoûts, nous écoutons
de moins en moins ses conseils.
Heureusement, la mort vient nous arracher à cette dérive.
Ce qui, dans notre vie, porte une grande valeur existentielle
va marquer soit le code génétique soit les autres
vecteurs d’hérédité de nos cellules
reproductrices. Ainsi, toute vie remarquable laissera deux
infimes messages dans l’océan des existences
: l’un dans l’histoire, - mémoire culturelle,
l’autre dans nos gamètes, -mémoire naturelle.
Eh bien, dans ses milliards de milliards de souvenirs, notre
mômmanh a sélectionné
pour nous deux tendances qui sont parfois opposées,
au risque de nous paralyser : dans nos actes, nous accordons
la priorité à l’altruisme, c’est-à-dire
au triomphe de la vie en général, mais nous
avons une forte préférence pour les plaisirs
de notre propre tas de viande déjà pourrissant.
Priorité pour autrui, préférence pour
notre ego. En cas de conflit sévère entre les
deux maîtres, plutôt que de céder la place,
bien souvent, la satisfaction de l’ego se cache dans
l’inconscient. Alors, on peut dire adieu à la
conscience claire ! …….. »
Comment vérifier, par de multiples expériences,
la réalité et les façons d’agir
sur la matière de cet agent invisible que serait le
besoin primordial d’existence ? Là, il me semble
qu’il faut oser se compromettre en s’inspirant
des travaux sur l’homéopathie et sur la «
mémoire de l’eau ». Dans les découvertes
ou prétendues telles de marginaux non reconnus par
la communauté scientifique, il y a peut-être
des pistes à explorer. Je pense, entre autres, à
ceux qui prétendent donner de l’information à
l’eau. On peut aussi, d’autre part, chercher à
savoir comment se transmet, par l’hérédité,
une petite partie des caractères acquis.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . |
."Alexandrie
Online"
éditeur en ligne, publie gratuitement les manuscrits
qu'on lui envoie. |
Au nombre de téléchargements,
sur les 150 ouvrages ainsi édités, "Mon
Amour"(de l'An 2000) se classe le plus souvent
parmi les premiers. Visite la bibliolthèque
d'Alexandrie (Online). .
Accède au site : www.alexandrie.org
|
Il existe une version allégée
de ce roman chargé de philosophie. Elle s'intitule
"De la Terre jusqu'au Ciel". On peut la télécharger
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