Théorie de la Lutte pour l'Existence

Georges Réveillac

- Comment l'EXISTENCE est devenue vivante,
- Comment l'EXISTENCE VIVANTE a pris conscience de l'univers,
- Comment l'EXISTENCE CONSCIENTE prend conscience d'elle-même.

 

AVERTISSEMENT

Ceci n'est pas une présentation complète de la théorie.

Pour rendre celle-ci à la fois concrète et accessible au plus grand nombre, je l'ai mise en pratique dans un roman : « Mon Amour de l'An 2000 ».

Je vous propose ici l'introduction au roman et un bref exposé de la « Théorie de la Lutte pour l'Existence ». Ces deux éléments vous en donneront, je le souhaite, une vision suffisamment claire pour un début. Et peut-être qu'il vous viendra l'envie d'en savoir davantage.
J'ajouterai, au fur et à mesure qu'elles me viendront à l'esprit, quelques idées pouvant conduire à des vérifications expérimentales de la théorie au travers de ses diverses implications.

J'espère vous rencontrer dans le courrier des lecteurs.

 

 

 

Bonjour.

Je vous présente ici la « Théorie de la Lutte pour l'Existence » et, pour l'illustrer, un roman d'amour qui a obtenu un certain succès sur le site « Alexandrie Online » :

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . « Mon Amour de l'An 2000 ». . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Dans cette version, le roman d'amour n'est là que pour illustrer et vérifier la théorie, laquelle constitue l'essentiel de l'ouvrage. Or, les critiques m'ont appris qu'une bonne partie des lecteurs ne sont pas intéressés par les longs développements théoriques. A ceux-là, je propose de ne lire que le roman. Je l'intitule :

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . « De la Terre jusqu'au Ciel » . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Sur la page "Téléchargement", ils trouveront les liens vers les deux versions PDF. Cependant, en dépit de ces critiques, force m'est de constater que la version complète est téléchargée plus souvent. En ce moment le rapport est en moyenne de 50 téléchargements par mois contre 30 pour « De la Terre jusqu'au Ciel ». Je m'en réjouis.

Si des esprits compétents discutent passionnément cette théorie, s'ils aboutissent à des conclusions solides, que ce soit pour dire qu'elle est fiable ou, au contraire, qu'elle ne vaut rien : alors, je serai satisfait et je prendrai enfin ma retraite.

La « Théorie de la Lutte pour l'Existence » est une théorie philosophique à vocation scientifique qui touche pratiquement tous les domaines de l'entendement, plus particulièrement l'histoire, les sciences de l'homme et la biologie.

Enseignant, retraité maintenant, jusqu'en 1979 j'étais en même temps communiste. Entre l'histoire réelle qu'il me fallait enseigner et l'histoire prétendument scientifique que diffusait le « Parti », je découvrais trop souvent ce qui me paraissait être des contradictions. Cette année-là, leur masse avait dépassé le seuil critique. Je demandai un emploi à mi-temps, ce qui me permit de chercher une meilleure explication de l'histoire.

Après plusieurs mois de cogitation, je découvris ce qui m'apparut comme une illumination : le concept d' « existence humaine » qui me permettrait enfin de rendre intelligible l'histoire.

Et d'où venait-il, ce « besoin d'existence » ?

J'obtins rapidement une réponse. Il se trouvait déjà chez nos ancêtres les animaux ainsi que dans tout le vivant. Il fallait donc refondre la « Théorie de l'évolution » dans un ensemble plus vaste qu'on pourrait appeler la « Théorie de la Lutte pour l'Existence ».

Et ce « besoin d'existence » du vivant, comment la matière avait-t-elle pu en accoucher ?

Cette question me tint quelques mois encore, jusqu'à ce qu'un verrou sautât. Et derrière la porte qu'il avait verrouillée, je découvris ceci : « Et si le « besoin d'existence » était dans la matière ? »

Là, j'ai bien failli attraper la maladie de la grosse tête. Je me suis senti investi d'une grande mission : sauver l'humanité. Les déboires que cette attitude a entraînés m'ont conduit en consultation chez le directeur d'un hôpital psychiatrique. Ce brave m'a assuré que je n'étais pas fou. Quant à ma prétendue découverte, il m'a simplement dit : « Rassurez-vous, si vous avez trouvé quelque chose, d'autres le découvrirons aussi. » Ma fameuse mission tombait à l'eau. Elle avait surtout servi à masquer une forte dose d'orgueil.

Si cette théorie s'avérait fiable, nous saurions traiter beaucoup mieux que maintenant les problèmes de notre temps : mondialisation, chômage, mortelle pollution, surpopulation, terrorisme, génie génétique, droits de l'homme, éducation, diversité culturelle... L'espoir de guérir l'humanité de la misère, du chômage, des guerres, de la folie, l'espoir de partir vraiment à la conquête des étoiles, l'espoir aujourd'hui bien abattu aurait des ailes neuves, ce qui ne signifie pas pour autant la fin de tous nos maux.

- « Oui, mais il ne faut pas prendre nos désirs pour des réalités.
- C'est vrai. Il ne faut pas non plus refuser une réalité probable sous prétexte qu'elle répond trop bien à nos désirs.

Conclusion : soyons prudents. »

Mais, depuis que j'ai écrit cette préface en 2001, des événements alarmants ont eu lieu qui accentuent l'urgence de la situation. Les violences en sont le signe le plus évident. Elles sont induites par une régression de la pensée telle qu'elle nous ramènerait au Moyen âge. Dans ce monde qui ne leur offre au mieux qu'un présent médiocre et, en guise d'avenir, la certitude que nous fonçons dans le mur, certains désespèrent et se tournent vers les idéologies du passé. Certains veulent que la science s'efface devant leurs textes sacrés, ou plutôt l'interprétation qu'ils en font. Créationnistes et intégristes de toutes obédiences, de plus en plus nombreux, de plus en plus influents, ils sont une grave menace pour la connaissance, pour le peu de paix qui nous reste et pour les Droits de l'Homme.

Des idées reçues, aussi coriaces que des dogmes, nous empêchent de voir certaines urgences, pourtant évidentes. Par exemple, les ressources de la terre ne permettent pas d'assurer la meilleure existence à bientôt 9 milliards d'hommes : il faut réduire la population. Ou encore, les nationalismes sanctifiés dans leurs costumes patriotiques sont générateurs de guerres ; en outre, ils nous empêchent de gérer la mondialisation.

Un enfant de 8 ans verrait ces évidences. D'ailleurs, il n'y a qu'à en interroger quelques-uns pour en être certains.

Eh bien, pour faire tomber nos œillères, il suffirait que des historiens de toute la planète nous montrent l'origine et la genèse de ces idées reçues. Nous verrions alors qu'il fut un temps où il était bon de faire beaucoup d'enfants, mais que cette bénédiction de jadis est devenue une malédiction pour notre époque. Nous verrions aussi que le nationalisme était bon quand il nous délivrait du féodalisme ou de l'impérialisme, mais que maintenant, chacun des presque 200 passagers du bus mondial ne peut pas avoir son petit volant personnel : un conducteur pour l'autocar planétaire et non pas 200, comme l'affirment les adultes.

Alors, si ma théorie a quelque chance de nous aider à sortir du bourbier, il est urgent de la tester.

En effet, si jamais elle s'avère fiable, aux désespérés qui nous tourmentent, elle donnera au moins l'espoir d'un présent et d'un avenir désirables. Et les intégristes de tous genres, reconvertis, joindront leur énergie à la nôtre pour éviter le mur vers lequel nous fonçons de plus en plus vite, catapultés par l'accélération de l'histoire.

Après avoir eu cette intuition que le besoin d'existence est probablement à l'œuvre dans tout l'univers, j'ai découvert que je suis en phase avec quelques chercheurs renommés que la communauté scientifique a plus ou moins marginalisés. James Lovelock, biologiste anglais, est à l'origine de l'hypothèse Gaïa : la terre réagirait comme un organisme vivant en maintenant certaines constantes nécessaires à la vie, le taux de 21% d'oxygène dans l'air, par exemple. Le docteur Jacques Benveniste, chercheur français, pense avoir découvert par l'expérimentation une « mémoire de l'eau ». Le chercheur allemand Roland Plocher commercialise un produit qui traite les eaux polluées en leur diffusant des « informations » : ce procédé qu'on ne sait pas expliquer connaît néanmoins une certaine réussite. Les « découvertes » de ces deux chercheurs tendraient à expliquer celles de l'homéopathie.

Formulée en 1980, ma théorie annonçait implicitement une partie des échecs subis dans les opérations de clonage. En effet, voici ce qu'elle suppose. Au cours de la vie d'un individu, son besoin d'existence garde en mémoire les événements qui l'ont marqué et les réponses appropriées ; une partie de cette mémoire est transmise à ses descendants par l'intermédiaire des cellules reproductrices alias gamètes. Autrement dit, une partie du vécu devient héréditaire, l'acquis modifie l'inné. « Et pan, dites-vous, revoici la monstrueuse théorie de Lyssenko qui prétendait que l'acquis devient héréditaire »
Eh bien, ce n'est pas du tout la même chose.

Je pense que les gamètes gardent en mémoire les expériences les plus marquantes d'une vie : oui. Mais il faut que ces expériences soient répétées sur je ne sais combien de générations et de générations avant de s'inscrire en gros caractères dans le patrimoine de l'hérédité. Ainsi, à supposer que la peau noire de certains types d'hommes soit vraiment une bonne réponse aux contraintes des climats très chauds, il a probablement fallu des dizaines de milliers d'années pour que se forment les ethnies noires d'Afrique, d'Inde, de Papouasie-Nouvelle Guinée, d'Australie... Il n'en reste pas moins que deux hypothèses induites par ma théorie pourraient expliquer les difficultés du clonage :

-les gènes ne sont pas les seuls facteurs de l'hérédité, ils ne sont même pas les plus importants sur le long terme,

-les gamètes ne portent pas les mêmes informations que les autres cellules, celles utilisées pour le clonage, par exemple.

Ma théorie a aussi des affinités avec plusieurs philosophies, en particulier celles de Socrate, d'Auguste Comte, de Karl Marx, du savant Pierre Teilhard de Chardin, des existentialistes et des phénoménologues...

Mais elle contredit la pensée de Camus selon lequel l'histoire est absurde. Il croyait probablement que les communistes s'estimaient autorisés à instaurer leurs terribles dictatures au nom de l'histoire prétendument scientifique. Autrement dit, faire de l'histoire une science nous conduirait nécessairement à la dictature. Eh bien, c'est précisément le contraire. La Théorie de la Lutte pour l'Existence nous amène à penser que la liberté et la démocratie sont nécessaires à l'épanouissement de l'existence humaine.

Je viens de lui découvrir une nouvelle cousine dans un roman de science-fiction écrit par deux physiciens américains : « Au cœur de la comète » par Gregory Benford et David Brin. Ils formulent l'hypothèse d'une « création » ou « évolution » en trois étapes : d'abord l'existence au début de l'univers, puis la vie, enfin la conscience, l'étape humaine de la planète Terre.

Tenez, encore un arbre à cette forêt : « ... Alors mes espoirs et mes aspirations, mes peurs et mes soucis peuvent m'apparaître comme étant les mêmes que ceux de milliers d'humains qui ont vécu avant moi. Et je peux espérer que ce que j'ai imploré pour la première fois il y a des siècles pourra m'être accordé dans quelques centaines d'années. Aucune pensée ne peut germer en moi qui ne soit le prolongement de la pensée d'un ancêtre ; il n'y a pas en réalité de nouveau germe (de pensée), il y a l'éclosion prédéterminée d'un bourgeon sur l'arbre antique et sacré de la vie... ». (Extraits de Ma conception du monde, le Veda d'un Physicien par Erwin Schrödinger (Paris, Le Mail, 1982).

Et qui est ce Schrödinger ? C'est un Autrichien du 20ème siècle. Il est l'un des pères de la théorie des quanta et l'inventeur du fameux chat de Schrödinger, ce qui ne l'a pas empêché d'obtenir le prix Nobel de physique.

Si j'ai vu juste, les implications de ma théorie conduiront à des recherches appuyées sur la méthode expérimentale. Des milliers d'expériences scientifiques sont envisageables. Par exemple, on devrait pouvoir expliquer pourquoi les essais de Jacques Benveniste ne réussissent pas à chaque fois et aboutir à d'autres expériences, concluantes cette fois.

Je ne veux surtout pas fonder une secte. Aussi longtemps que cette « Théorie de la Lutte pour l'Existence » paraîtra valable, je serai avec ceux qui la traitent comme la « Théorie de l'évolution » : à la manière scientifique. Aucun dogme : tous les éléments de l'échafaudage peuvent être remis en cause. Et s'il advient que les vérifications expérimentales infirment la théorie, eh bien il faudra la mettre à la poubelle.

Parallèlement, elle pourrait servir à bâtir des jeux électroniques complexes dont certains seraient utiles à la science : simulations de processus biologiques, ou historiques, ou même psychologiques.

Ce « besoin d'existence » qui cheminerait dans la matière, c'était trop abstrait. Je lui ai donc trouvé un nom : « Mômmanh ». Un corps et un visage ? Là, c'était impossible. Pourtant, au fil des pages, cet obscur esprit qui œuvre inlassablement pour conduire la matière là où il fait bon, ce génie universel qui inventa la vie et la conscience, Mômmanh donc, émerge peu à peu des ténèbres et nous devient familière.

Attention, une fois de plus : ce n'est qu'une hypothèse. Mais vous avez bien le droit d'aimer une hypothèse.

Je l'ai enchâssée dans deux romans.

Le premier, de 420 pages, contient la théorie. Sa lecture vous paraîtra sans doute ardue : c'est le prix à payer pour aller jusqu'au bout de ma réflexion. Il a pour titre « Mon Amour de l'An 2000 ». Vous pouvez le télécharger à partir de cet espace.

L'ouvrage comprend donc deux parties développées en parallèle : le roman et la théorie. Celle-ci, en caractères gras italiques, est facile à distinguer. Vous pouvez donc, si cela vous chante, ne lire que le roman.

Le deuxième n'a que 320 pages, mais il ne contient pas la théorie. Mômmanh y est présentée comme un personnage imaginaire comparable à un dieu antique. Je l'ai intitulé : « De la Terre jusqu'au Ciel ».

Parce qu'il fait appel à toutes les dimensions de l'existence, l'amour convient particulièrement bien pour mettre en scène ce qui n'est encore, hélas, que « ma » théorie.

Ainsi analysé et reconstruit, l'amour devrait vous apparaître encore plus merveilleux : agent essentiel de l'existence humaine et source de félicités sans pareilles - et aussi des scènes de ménages qui sont les crises nécessaires à son épanouissement. Enfin, surtout, vous devriez réaliser, si ce n'est déjà fait, qu'il est à votre porte.

Le premier ouvrage, le roman philosophique, comprend donc deux parties développées en parallèle : le roman et la théorie. Celle-ci, en caractères gras italiques, est facile à distinguer. Vous pouvez donc, si cela vous chante, ne lire que le roman.

Les deux versions peuvent être téléchargées. Il suffit de cliquer sur l'un des icônes ou des onglets marqués "Télécharger l'ouvrage"...

 

Qui sait flairer les idées reçues périmées ?

 

Tout ce que, depuis la naissance, nous avons appris de gré ou de force : voilà nos idées reçues. Il faudrait y ajouter les autres acquis de notre vie : apprentissages, habitudes, réflexes... Combien sont-elles ces idées reçues? Des millions ? En tout cas, cette multitude a tissé notre esprit. Nous ne pouvons vivre sans elles. La plupart sont justes. Et pourtant ?... Et pourtant, c'est en refusant l'une par-ci, l'autre par-là, que, bien souvent, nous avons débloqué notre pensée, ouvrant la voie à de nouvelles connaissances. Ainsi l'homme qui, le premier, a mis en doute ce que nos yeux croient voir, le soleil tournant autour de la terre, celui-là, on l'a pris pour un fou. Et quand Einstein a prétendu que le temps n'était pas constant, heureusement qu'il avait de solides preuves mathématiques.

Eh bien, ma nouvelle Théorie de la Lutte pour l'Existence bouscule plusieurs idées reçues.

Il n'y a aucune trace d'esprit dans la matière : voilà la première et la plus forte des idées que je réfute. L'esprit serait en germe dans la matière sous la forme du besoin d'existence : telle est mon hypothèse. Sur ce pavé dans la mare, j'ai construit ma théorie.

Les implications de celle-ci mettent en cause d'autres idées reçues.

Beaucoup. En voici quelques-unes.

- Idée reçue : Il ne faut pas faire comme Marx, il ne faut pas chercher une explication scientifique de l'histoire car cela nous mènerait à la dictature. Mieux vaut penser comme Albert Camus que « l'histoire est absurde ».

- Réponse de la nouvelle Théorie de la Lutte pour l'Existence : Elle serait à notre évolution culturelle ce que la Théorie de l'Evolution est à la biologie : une théorie scientifique qui aiderait grandement les historiens à comprendre l'histoire, donc à la maîtriser. Nous pourrions alors éviter quelques catastrophes que nous amène cette cavale folle : guerres mondiales, désastres écologiques,... Et au lieu de favoriser la dictature, cela éloignerait celles qui nous menacent en réponse à notre impuissance. Oui, il faut chercher une explication scientifique de l'histoire.

- Idées reçues : Il n'y a pas de culture supérieure, l'homme n'est pas supérieur aux autres animaux.

- Réponse de la nouvelle Théorie de la Lutte pour l'Existence : Il y a des éléments de supériorité dans les cultures : ceux qui contribuent le mieux à l'épanouissement de l'existence, les connaissances scientifiques par exemple, ou encore les aptitudes à conserver la vie, et aussi les découvertes artistiques... Quant à l'homme, il possède ce qu'aucun autre animal ne sera capable d'acquérir avant très longtemps : un pouvoir sans précédent pour maîtriser notre environnement, ou pour le détruire. En dressant la cavale folle qu'est l'histoire, nous pourrions juguler notre pouvoir de destruction tout en conservant l'extraordinaire puissance de notre
conscience universelle.

Et nous pourrions continuer longtemps dans cette veine des idées reçues chamboulées par la nouvelle Théorie de la Lutte pour l'Existence.

 

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Brève présentation de la théorie :
Structure de
l'Existence
Humaine

 

 

MÔMMANH.  

Volonté d'existence :

origine et guide de la vie,

origine et guide de l'homme.

« Voilà. Il va falloir bientôt quitter le rivage où je suis couché depuis si longtemps en écoutant la mer... Il va faire frais et je n'ai jamais appris à allumer le feu et à me chauffer moi-même... Je vais essayer de demeurer là encore un moment à écouter parce que j'ai toujours l'impression d'être sur le point de comprendre ce que l'océan me dit. Je ferme les yeux, je souris et j'écoute. Il me reste encore de cette curiosité. Plus le rivage est désert et plus il me paraît toujours peuplé. Les phoques se sont tus sur les rochers et je reste là, les yeux fermés, en souriant... » (ROMAIN GARY)

Comme je te l'ai dit, mon imagination a laborieusement exhumé Mômmanh voici plusieurs années, dans un no man's land bien particulier, par-delà les frontières de la pensée raisonnable.
Dans un premier temps, j'eus l'idée que l'homme est peut-être mu par un formidable désir d'existence.

Qu'est-ce que l'existence ?

La Théorie de l'Evolution peut s'intituler « Théorie de la Lutte pour la Vie » : vie de l'individu et de son espèce. Voilà ce qui conduirait l'évolution du vivant. Ma théorie va plus loin. Le désir d'existence ne s'arrête pas quand il a assuré la vie de l'espèce. Il recherche aussi la vie d'autres espèces et même la conservation de certains éléments non vivants tels que les beaux paysages de pierre, de sable, d'eau, de glace ou de nuages, de lumière ou de feu... C'est pourquoi je propose qu'on élargisse la théorie de Darwin à un ensemble plus vaste que l'on appellerait : « Théorie de la Lutte pour l'Existence ».

Pour réussir à comprendre mes explications, tu dois avoir sous les yeux le tableau que j'ai placé à la suite de cette introduction. Il vise à représenter la structure de l'existence humaine. Je te conseille de l'imprimer : ainsi tu pourras l'utiliser tout au long du roman, chaque fois que j'essaierai de mettre en pratique la théorie de « La Lutte pour l'Existence » .

Voici donc, pour commencer, comment je vois l'existence chez l'homme. C'est la vie et les plaisirs en même temps que la communion avec nos semblables, à la fois dans le présent et dans la longue durée, l'éternité même, si possible. Elle se réalise tantôt de façon individuelle tantôt par procuration sur autrui - tantôt égoïste, tantôt altruiste, si tu préfères - ou encore en combinant les deux modes : nos enfants, nos ancêtres préférés, nos lointains descendants, les célébrités en tous genres, la patrie, l'humanité, la nature... peuvent être porteurs de notre existence.

Voici donc présentés les six éléments de base de l'existence humaine.

Quand l'une de ces composantes est trop difficile à réaliser, le désir d'existence se tourne vers les autres. Si le présent n'offre rien de bon, l'homme va se tourner vers la pérennité, une religion, par exemple. Si sa vie personnelle ne présente aucun attrait, il peut déléguer son existence à quelqu'un de mieux placé : un champion de football, un savant, un grand acteur, son patron ou sa patronne, un ami... Il existera ainsi par procuration, comme le bon chien qui sacrifie sa vie pour son maître.

L'existence qui englobe l'espace-temps le plus large, régie par des lois morales, est prioritaire, mais celle qui touche au plus près l'individu - moi, ici, maintenant -, est la préférée.

 

A cette étape de ma réflexion, je pensais encore que le désir d'existence est le propre de l'homme, mais j'observai plusieurs signes témoignant de sa présence chez l'animal.

Alors je me demandai quand et comment, au cours de l'évolution, le désir d'existence avait bien pu apparaître. Quand ? Mes connaissances en paléontologie ne m'autorisaient pas à répondre. Comment ?... J'avais beau me triturer la cervelle dans tous les sens, je ne voyais pas comment la matière aurait pu accoucher d'une telle abstraction, comment ses atomes avaient pu se mettre à ressentir des émotions, au point de mourir d'amour, comment elle avait pu créer ce qui, en fin de compte, est l'essence de l'esprit.

Comment ?...

Alors, je me dis : « Et si ce désir d'existence y était déjà, dans la matière ? »
Mômmanh venait de naître.

J'en ai fait un modèle de science-fiction, pour simuler l'apparition et l'évolution de la vie, principalement la nôtre, notre histoire, et nos histoires. Je l'utiliserai de temps à autre, tout au long de ce roman, pour tenter d'expliquer ce qui en constitue la matière : les personnages, la nature, les pays, l'histoire, l'univers. C'est le côté « science » de cet ouvrage, l'autre côté, la fiction, se trouve dans le roman.
« Science » et fiction : comment t'y retrouver ? C'est simple. Chaque fois que j'utiliserai le modèle à vocation scientifique, j'utiliserai les mêmes caractères spéciaux que dans ce chapitre : gros, gras, couchés sous leur propre poids.

Dans ce modèle, Mômmanh - c'est-à-dire la matière - serait douée de mémoire : parmi les éléments l'ayant touchée, elle se souviendrait de ceux qui ont répondu à son désir d'existence, en bien comme en mal. Ensuite, quand les aléas de la vie amènent de nouveau à son contact des agents qu'elle a connus, elle aurait le pouvoir d'agir sur eux : elle saurait favoriser les éléments qui sont de bons souvenirs et repousser leurs contraires. Il est très probable qu'elle renforce les souvenirs souvent évoqués tandis qu'elle efface progressivement les autres. Ce processus l'aurait conduite à inscrire dans notre hérédité biologique les mémoires cumulées des faits marquants et répétés advenus à toute notre lignée d'ancêtres depuis la naissance de la vie. Autrement dit, nos cellules reproductrices, les spermatozoïdes et les ovules, alias gamètes, porteraient dans leurs gènes et autour de ceux-ci, la mémoire de tout ce qui a marqué durablement la vie de tous nos ancêtres.

Caïn contre Abel, égoïsme contre altruisme.

Tout au long de l'histoire, on observe la présence quasi constante de l'égoïsme sous toutes ses formes. Il ne cesse de trouver mille et une ruses pour voler à l'altruisme sa place de premier, tout comme Caïn envieux d'Abel au point de le tuer. Même quand l'espèce est en grand danger, cet égoïsme teigneux ne cède la place à l'altruisme que pour revenir aussitôt par une porte dérobée.

« Alors, Mômmanh, ce maudit égoïsme, pourquoi tolères-tu qu'il ait une telle emprise ? »

Elle le sait pourtant que c'est un vecteur de mort ! Elle le sait pourtant qu'il est le principal ennemi de l'existence !

J'ai ma petite idée sur le sujet. Le besoin d'existence, présent dans la moindre particule de matière, le besoin d'existence que chacun de nous incarne est, par nature, égoïste. Chaque grain de matière veut exister à travers tous les autres grains de matière, dans le double infini du temps et de l'espace. Mais tout seul, il n'y arrivera jamais. Il a besoin de tout l'univers pour parvenir pleinement à ses fins. Pour cela, il faut bien qu'il s'accorde avec autrui. Il faut bien qu'il délègue tout ce qu'il ne peut faire lui-même, grain de poussière égaré dans l'infini.

Mais, vingt dieux, que c'est dur !

Il faudrait que Mômmanh trouve quelque chose pour nous contraindre à davantage d'altruisme. Certes, elle a inventé l'amour que nous présente cet ouvrage. C'est formidable, mais le compte n'y est pas. Peut-être qu'en plus de cet aiguillon tellement exquis, une meilleure connaissance de nous-mêmes saura nous arracher enfin à l'infâme bourbier où nous retombons sans cesse.

Comment l'évolution a produit l'intelligence humaine.

Intelligence humaine et intelligence artificielle.

 

Tu comprends maintenant que l'intelligence artificielle ne pourra jamais reproduire l'intelligence humaine : il faudrait pour cela qu'elle dispose de notre colossale mémoire tant innée qu'acquise, tant consciente qu'inconsciente. A supposer qu'elle avale cet océan, il faudrait encore qu'elle puisse éprouver chaque goût et dégoût associé à chacun de ces souvenirs qui sont comme autant de gouttes d'eau dans une mer.
Observer les êtres avec l'aide de Mômmanh, ou leur faire passer une radio, c'est un peu la même chose : on découvre des choses qui étaient invisibles.

Réelles ? Ou imaginaires ?

En tout cas, c'est le jeu que je te propose. Nous allons demander à Mômmanh de nous raconter l'amour.
Et, une fois de plus, ceci n'est qu'une hypothèse développée en forme de théorie. Il appartient à la science de la tester et d'apprécier sa fiabilité. Si tu cherches un gourou, tu ne le trouveras pas ici.

 

 STRUCTURE de l'EXISTENCE HUMAINE 

 

STRUCTURE de l'EXISTENCE HUMAINE

 Quelques pistes pour l'expérimentation 

 

La « Théorie de la Lutte pour l'Existence » touche à tant de domaines qu'elle conduit à de multiples implications. Elle se développe à partir d'un point de vue révolutionnaire : l'esprit serait en germe dans la matière, sous la forme du « besoin d'existence ». Il est donc normal qu'elle nous entraîne à induire des implications révolutionnaires, lesquelles seraient autant de découvertes si l'expérimentation venait à les confirmer. Bien sûr, il n'est pas possible que toutes soient justes, mais il suffit de quelques diamants pour payer la peine des prospecteurs.

 

 Le propre de l'homme 

 

Ma théorie est née d'une réflexion pour aller vers une explication scientifique de l'histoire, meilleure que celle de Marx. Je cherchai d'abord quel est le propre de l'homme, cet animal unique parmi des millions et des millions d'espèces, le seul, justement, qui ait une histoire. Je crus avoir la réponse dans ce qui suit. On le trouve au chapitre 3, p. 32 de mon livre :

http://www.livingexistence.net/pdf/MonAmour.pdf

 

 La nature a-t-elle une conscience ? Qu'est-ce que la conscience animale ? Qu'est-ce que la conscience humaine ? Quel est le propre de l'homme ? 

 

Mais la conscience que Mômmanh nous a donnée, à nous seul, l'unique animal humain sur cette terre, cette conscience qui semble tellement être le propre de l'homme n'est pas encore suffisamment développée pour que ce dernier en assume la charge : responsable de tout ce qui vit sur notre planète, responsable de l'existence terrienne.
La conscience serait ainsi le propre de l'homme ?

Attention, il y a conscience et conscience. Celle-là, la nôtre, je la nommerai « conscience libérée » par opposition à celle qui ne peut aller plus loin que les sens et que j'appellerai « conscience captive ».

Et j'en vois un troisième type, antérieur aux deux autres : la conscience de Mômmanh. Celle-là, je la nommerai « conscience aveugle ».

Là, je pense à l'infime parcelle de la matière éparpillée dans l'univers, l'infime parcelle de notre mère qui a eu la chance de découvrir la vie où elle s'est installée. De génération en génération, elle a enregistré la mémoire existentielle de tous mes ancêtres, depuis la première bactérie, voici plus de trois milliards d'années, jusqu'à ma précieuse personne dont le tour est venu de vivre avant de sombrer dans l'histoire. Et il en est ainsi pour chacun de nous, de même que pour chaque être vivant.

Cela en fait, de la sagesse longuement gagnée au travers des milliards et des milliards de vies dans lesquelles Mômmanh s'est incarnée ! Que pèse ma toute minuscule conscience libérée à côté de cela ? Pratiquement rien, en apparence, et cependant énormément, en réalité, comme tu ne vas pas tarder à le comprendre.

Voilà ce qui constitue l'essentiel de notre cher ego : une infime parcelle de Mômmanh qui porte l'expérience de presque tout le vivant et qui se trouve aux commandes de notre être.

« - Et comment se fait-il que quelqu'un ou quelque chose me commande sans que je m'en aperçoive ?
- Parce ce quelqu'un ou quelque chose, c'est toi, gros bêta.
- Mon dieu ! Comment tout cela est-il possible ? »

J'imagine que cela s'est passé de la façon suivante. Et n'oublie pas qu'il s'agit d'un modèle de science-fiction qui n'appartient pas encore et n'appartiendra peut-être jamais à la vraie science.

Le désir d'existence que j'appelle Mômmanh, présent dans le moindre atome de la matière, garde en mémoire tous les événements qui le touchent : d'un côté, ceux qui lui font du bien, de l'autre, ceux qui lui font du mal. Ceci fait, quand se présente à nouveau un des faits consignés dans la mémoire de Mômmanh, elle le traite selon sa catégorie, accueillant à bras ouverts celui qu'elle reconnaît comme lui ayant déjà fait du bien et rejetant son contraire, celui qu'elle reconnaît comme lui ayant déjà fait du mal. Car elle a ce pouvoir de favoriser ce qui lui semble être le bien et de repousser ce qui lui paraît être le mal. Ceci, bien entendu, dans la limite de ses forces présentes sur les lieux.

Ne sont conservés en mémoire que les événements qui se répètent ; sont donc gommés les faits accidentels et beaucoup d'autres trop aléatoires.

Ainsi, nichée dans l'esprit de la souris qu'elle crée depuis des temps immémoriaux, Mômmanh a découvert que les habitations humaines lui offrent le gîte et la table, mais qu'il faut se méfier du chat ; elle se souvient, et elle installe quand même la souris dans nos demeures au fur et à mesure que, toujours de la même façon, par l'accumulation des expériences et la mémoire existentielle, elle développe une stratégie efficace de défense contre les chats.

Voilà comment, petit à petit, Mômmanh a couvé et favorisé l'apparition de la vie puis l'épanouissement que nous lui connaissons. Mais comment ont pu s'effectuer les relais, d'une génération à l'autre, depuis l'origine jusqu'à nous ?
Le seul pont biologique entre parents et enfants, ce sont les cellules reproductrices fécondées. Pour transmettre l'héritage de sa mémoire existentielle, Mômmanh doit donc l'installer là, mais il est probable que toutes les cellules reproductrices en bénéficient.

Uniquement celles-là ? Si tel était le cas, le clonage reproduirait des individus incomplets, mal armés pour la vie. Mais ceci est une autre histoire.

Et voilà comment Mômmanh invente par millions, par milliards, des façons d'exister dans le vaste univers qui toujours se dérobe. Malgré tout, parmi la multitude de ses avatars, les plus douées de ses créatures n'étaient encore que des animaux jusqu'à l'émergence, voici quelques deux millions d'années, de l'homme, une espèce unique tellement différente des autres qu'elle a beaucoup de peine à reconnaître ses parents. Depuis son apparition, sa puissance existentielle croit à la façon d'une boule de neige. C'est maintenant une avalanche qui peut balayer la terre entière si nous n'apprenons pas, le plus tôt possible, à bien la conduire.

« - Quelle est donc cette qualité que ne possèdent aucun des animaux ?
- C'est la conscience libérée.
- Ah bon ?
- Eh oui. Nos cousins les grands singes, chimpanzés et compagnie, ont des mains grâce auxquelles ils pourraient être des fabricants aussi habiles que nous. Mais il leur manque la conscience libérée. »

La conscience libérée ?...

J'imagine que son émergence a commencé de la façon suivante.

Un jour, un enfant de singe anthropoïde est né avec un don extraordinaire : il était capable de concevoir avec précision des réalités situées hors de portée de ses sens. Il pouvait voir des choses qui n'étaient pas sous ses yeux, il pouvait entendre un cri d'oiseau que ses oreilles ne percevaient pas. Grâce à cette anomalie, il su rapidement mettre dans sa mémoire les chemins intéressants, ceux qui conduisaient à la rivière, au gibier, aux lieux de cueillette, aux refuges... Sans voir de ses yeux la lointaine clairière giboyeuse, il savait par où partir et dans quelle direction aller.

L'intelligence de l'animal ne peut s'exercer au delà du champ perçu par ses sens. Les souvenirs qu'il a d'expériences passées sont suffisamment précis pour qu'il reconnaisse le déjà vécu quand il se présente, mais beaucoup trop vagues pour qu'il puisse les revivre et les manipuler par la pensée. Le chien peut bien rêver d'un chapelet de saucisses, pour ce qui est de l'action, il est prisonnier dans le champ étroit de ses perceptions : son rêve risque fort de ne jamais se réaliser. Mais moi, grâce à mes souvenirs précis, je peux reconstituer le réel avec lequel j'ai été en contact. Donc je fouille dans mes souvenirs et j'en extrais de quoi construire un chemin qui me conduira aux fameuses saucisses. Ma conscience est affranchie de mes sens.

C'est une conscience libérée.

Eh oui. Puisque l'homme a la faculté de percevoir les souvenirs de réalité vécue avec presque autant de précision que si elles touchaient encore ses sens, il a pu développer la connaissance, les techniques et les arts. Il est capable de voir, donc d'agir, bien au-delà de ses sens, de plus en plus loin dans le vaste univers : c'est cela, la conscience libérée. Il sait depuis longtemps que sa mort est inéluctable alors que, enfermée dans sa conscience captive, la vache ignore toujours que son bon maître la destine à l'abattoir.

N'allons pas, cependant, faire de cette aptitude le propre de l'homme. De nombreux animaux la possèdent, mais à un degré infinitésimal. C'est comme s'ils avaient fait un tout petit pas dans cette voie et puis se seraient arrêtés, ne voyant pas l'intérêt de continuer.

Récapitulons, si tu le veux bien. Revoyons, si tu veux, l'obstiné cheminement de Mômmanh vers la grande étape existentielle qu'est l'éclosion de la conscience libérée.

 Conscience aveugle 

Quand elle se trouve enfermée dans quelques grains de matière, Mômmanh ne peut percevoir que l'environnement en contact direct avec elle : c'est bien peu et bien pauvre doit être la mémoire qui se constitue dans de telles conditions. Elle n'est alors que pur désir et force aveugle.

La première forme de conscience qu'elle connaisse est la conscience aveugle.

 

Conscience captive 


La conscience aveugle s'est enrichie considérablement avec l'évolution de la vie. En effet, quand Mômmanh se trouve aux commandes d'un corps vivant, elle se constitue une mémoire génétique, beaucoup plus riche que la précédente. En outre, elle perçoit davantage d'éléments extérieurs, surtout quand elle habite un corps animal et qu'elle tire profit de sa mobilité. Mais elle se trouve encore limitée au champ que peuvent percevoir les sens de l'animal qui la porte.

Cette conscience aveugle enrichie parvient aux êtres vivants par le canal de l'hérédité. Elle s'y exprime au nom de Mômmanh en dirigeant les actes instinctifs. Elle est le premier ministre du besoin d'existence, elle est le vizir de Mômmanh.

Mais elle reste enfermée dans la deuxième forme de conscience : la conscience captive.

 

Conscience libérée 

Enfin, lorsqu'elle se trouve dans le corps d'un homme, par l'intermédiaire de l'intelligence extraordinaire qu'elle nous a donnée, son regard peut aller du cœur de l'atome à l'infini des étoiles : elle accède enfin à la troisième forme : la conscience libérée.

Essayons d'avancer un peu plus.

Nous avons vu que, selon mon hypothèse de base, la conscience aveugle, agissant au nom du besoin d'existence, garde en mémoire tout ce qui lui paraît bon et son contraire, tout ce qui lui paraît mauvais.

La conscience aveugle est donc la base de notre morale, laquelle dicte notre conduite.

La conscience aveugle s'enrichit de toutes les expériences mémorisées par les grains de matière qui la portent. Arrive le temps où elle s'installe dans les êtres vivants, de plus en plus complexes. Elle dirige alors leur conscience captive. Enfin, et c'est le seul stade ultime connu sur notre planète, elle s'installe dans l'homme dont elle oriente la conscience claire.

Il s'ensuit que la morale est partout, dans la matière, dans les plantes, dans les animaux et, bien sûr, dans notre très chère humanité.

Tu comprends maintenant pourquoi nous avons donné au mot conscience ces deux sens apparemment étrangers :

- avoir conscience d'une portion de l'univers,

- avoir conscience de ce qu'il est bon de faire ou de ne pas faire, avoir une conscience morale.


Et le propre de l'homme, dans cette histoire ?

 

Je t'ai longuement parlé de l'aptitude à imaginer le réel sans l'aide de ses sens, aptitude qui permet à la conscience libérée de se développer. Eh bien, j'ai cru longtemps que ce don était réservé aux hommes. J'ai cru que c'était le propre de l'homme. Je l'ai cru jusqu'au moment où on m'a rapporté diverses expériences portant le label scientifique et prouvant le contraire.

Certains animaux imaginent des plans simples pour atteindre un but hors de la portée de leurs sens. Ainsi, le fameux chimpanzé du zoo de Stockholm préparait, dans la solitude de sa cage, des tas de cailloux destinés aux touristes qui viendraient lui rendre visite. Il fallait bien qu'il y eût dans sa tête une idée suffisamment claire de ces touristes absents. Et il existe d'autres exemples de ce genre, non seulement chez plusieurs représentants de nos cousins les singes, mais jusque chez certains oiseaux lesquels ne sont même pas des mammifères et ne possèdent qu'un petit cerveau.

Provisoirement, j'en ai déduit que l'animal aussi peut avoir un embryon de cette conscience que je croyais réservée à l'homme. Mais un tout petit embryon seulement car, entre la conscience de l'oiseau capable de retrouver les endroits où il a caché de la nourriture et celle capable d'élaborer la Théorie de la Relativité, il y a l'infini presque entier.

Pourtant, il faut bien qu'il y ait un propre de l'homme, c'est-à-dire un barrage à franchir pour accéder aux capacités humaines. S'il n'y avait pas ce barrage, le jeu de l'évolution aurait conduit quelques espèces animales plus ou moins loin sur le chemin emprunté par l'humanité. Et il y aurait plusieurs espèces humaines sur la terre, plus ou moins avancées sur cette voie qui mène à la conscience libérée, à la pensée.

Une autre hypothèse est envisageable. Elle m'a été suggérée par le paléoanthropologue Pascal Picq. Je le cite.

« ... Les pressions de sélection qui finissent par fixer la durée de la gestation humaine à 9 mois n'émergent pas par enchantement du jour au lendemain. Cela débute certainement avec les premiers représentants du genre homo, les homo ergaster, il y a 2 millions d'années. D'un côté, une évolution vers une bipédie très efficace qui impose un bassin étroit. De l'autre, le développement relatif du cerveau. Ces deux tendances évolutives se rencontrent au moment de l'accouchement. Dès lors, les femmes qui portent en elles des petits dont la durée de gestation dépasse neuf mois meurent dans les pires souffrances. Cela ne cessera jamais, puisque si la taille du bassin change peu au cours de l'évolution du genre homo, la taille du cerveau double !... » (Pascal Picq – Nouvelle Histoire de l'Homme – ch. 6)

Cela me conduit à penser que l'évolution de l'homme est peut-être passée par une sorte de labyrinthe constitué d'une série d'impasses dont le franchissement était hautement improbable. J'appelle impasses des caractères nouveaux qui ne favorisent pas la survie de l'espèce : la sélection naturelle tend à les éliminer, ou du moins à ne pas les développer. Ceci expliquerait qu'une seule espèce sur terre ait réussi ce parcours.

- Premier exemple : La bipédie libérait les mains et rendait les pieds impropres à la préhension. A cette époque, le primate avait justement besoin de ses quatre mains pour s'accrocher aux branches, échappant ainsi à ses prédateurs. Les hominidés ont quand même développé cette aptitude handicapante : première impasse.

- Deuxième exemple : Le développement du crâne amenait la mort en couches d'un grand nombre de femelles humaines : deuxième impasse.

- Troisième exemple : L'absence de fourrure oblige l'homme à chercher des artifices pour se protéger contre le froid et les autres intempéries : troisième impasse.

Des impasses, il en existe probablement d'autres. Certaines, comme le crâne excessivement gros des bébés humains, contiennent même un danger de mort pour l'espèce. Mais, après l'improbable franchissement de ce fichu labyrinthe, on découvre que les handicaps associés sont devenus de précieux avantages.

Même les chimpanzés paraissent bloqués dans ce labyrinthe. Ils possèdent des mains malhabiles, mais celle-ci ne leur servent pas à grand chose, puisqu'« ils ne voient guère plus loin que le bout de leur nez », puisque ce qui est hors de portée de leurs sens échappe quasiment toujours à leur réflexion. Alors, comment pourrait leur venir l'idée de fabriquer des objets pour « beaucoup plus tard » ?

Ils possèdent un infime embryon de conscience libérée, mais pourquoi le développeraient-ils puisqu'ils ne possèdent pas les indispensables outils d'accompagnement ? C'est comme s'ils avaient un moteur rudimentaire, mais pas la roue, ni les métaux, ni les connaissances techniques : pourquoi essaieraient-ils de fabriquer une voiture ? Il vaut mieux qu'ils développent leurs sens, leur résistance aux maladies, leur agilité. Voilà les qualités que privilégie alors la sélection naturelle.

Il en est de même du langage articulé : que pourraient-ils bien en faire s'ils le développaient ?

La bipédie libère la main pour fabriquer toutes sortes d'objets, et elle permet de voyager loin. L'absence de fourrure permet de réguler la température par la transpiration : il devient ainsi possible de fournir de longs efforts soutenus, de travailler ou de marcher longtemps. Le gros cerveau permet de penser, guidant la main dans ses fabrications et les pieds dans leurs voyages Il devient alors très utile de développer l'aptitude à la conscience libérée en même temps que les dispositions pour le langage articulé.

Il est probable que, dans le même temps, la conscience libérée révélait à l'homme la précarité de son existence, aussi fragile que la flamme d'une bougie. C'était le début de l'angoisse existentielle, insupportable alors. Il y avait de quoi se suicider. Encore une impasse. Il a fallu, si ce n'était déjà fait, que Mômmanh invente des parades :

- une certaine aptitude à prendre ses désirs pour des réalités qui permet de créer des idéologies, d'être sauvé par la foi,

- une certaine aptitude à cacher dans l'inconscient les réalités insoutenables dévoilées par cette fichue conscience libérée,

- et que sais-je encore...

Ainsi, l'homme serait unique sur terre parce que sa genèse résulterait d'une conjonction de facteurs hautement improbable, tellement improbable que plusieurs espèces humaines sont passées à la trappe de la sélection naturelle, le dernier connu étant Néanderthal.

Avec l'homme ainsi doté, Mômmanh tient peut-être enfin le moyen d'établir le règne de l'existence sur la terre. Sur l'univers, même ! En tout cas, elle ne peut que nous faire confiance, aussi longtemps que nous ne trahissons pas.

Eh oui ! Grâce à ce don de la conscience libérée, nous voilà promus grands chefs dans la lutte pour l'existence.

Cependant, Mômmanh garde presque tous les secrets de sa conscience aveugle, et voilà qui manque beaucoup à notre conscience libérée : pendant ces milliards d'années où elle cheminait dans le noir, telle une taupe, tâtonnant et suivant les indications de sa seule mémoire chaque fois qu'un contact avec l'environnement éveillait celle-ci, elle a quand même réalisé des merveilles dont la moindre dépasse notre entendement. Elle nous a procuré la conscience libérée qui lui manquait cruellement, soit, mais nous sommes toujours incapables de donner vie à la matière ainsi qu'elle l'a fait. Il nous faut donc, bien modestement, accepter de servir et d'interroger dame nature, surtout celle qui est vivante, du moins aussi longtemps qu'elle se montrera plus savante que nous

.
Avec les moyens modernes d'investigation dans le cerveau et autres composantes de notre esprit, on doit pouvoir imaginer des expériences pour voir comment fonctionne la conscience libérée. Il ne faut pas oublier les animaux : il serait intéressant de voir pourquoi les plus avancés dans cette voie de la conscience libérée des sens restent quand même bloqués au stade du tout premier pas.

Un article en provenance de Harvard fait le point sur ce sujet :

« Self-projection and the brain”
Randy L. Buckner1,2,3,4 and Daniel C. Carroll
Department of Psychology and Center for Brain Science, Harvard

Voici le lien : http://www.hss.caltech.edu/~steve/buckner.pdf

En voici quelques extraits.

« ... When thinking about the future or the upcoming actionsof another person, we mentally project ourselves intothat alternative situation. Accumulating data suggest that envisioning the future (prospection), remembering the past, conceiving the viewpoint of others (theory of
mind) and possibly some forms of navigation reflect the workings of the same core brain network. These abilities emerge at a similar age and share a common functional anatomy that includes frontal and medial temporal systems that are traditionally associated with planning,
episodic memory and default (passive) cognitive states.
We speculate that these abilities, most often studied as distinct, rely on a common set of processes by which past experiences are used adaptively to imagine perspectives and events beyond those that emerge from the immediate environment...»

Autrement dit, se souvenir des événements marquants (mémoire épisodique), se projeter dans l'avenir, se mettre à la place des autres et peut-être quelques modes d'orientation, toutes ces fonctions révéleraient le travail d'un même réseau cérébral.

Un autre :
«...Chimpanzees and orangutans will select and save a suitable tool for use many hours later. However, it has been difficult to establish whether great apes have planning capacity that is similar to humans. For this reason, many have argued that abilities that depend on self-projection in its fullest form are uniquely human...»,

Quelques chercheurs pensent donc ceci :« puisque certains animaux ont, à un niveau élémentaire, la faculté de se projeter dans l'avenir, le propre de l'homme ne serait-il pas d'avoir la même aptitude, mais développée à un niveau très élevé ? »
Ami lecteur, tu as vu dans le précédent extrait pour quelles raisons je pense qu'il faut chercher ailleurs le propre de l'homme.
Encore ce dernier extrait que je trouve remarquable, pour ceux que ne décourage pas l'Anglais. Il y est question de l'évolution convergente de quelques oiseaux et quelques mammifères, dont l'homme, vers l'aptitude à se projeter dans l'avenir. Il y est dit que les animaux n'ont développé que des protoformes de cette aptitude. Néanmoins, il y a là des possibilités pour étudier les processus en jeu. »

“... Prospection and related forms of experience projection have received thoughtful consideration regarding the degree to which non-human animals possess them. Some have argued that experience projection is a uniquely human ability and others have argued that prospection-like abilities exist in other animals. Three conclusionsemerge fromthe literature. First, certain bird species have adapted to overcome similar challenges that self-projection might have evolved to address in humans, presumably through convergent evolution.
Second, self-projection in humans is more developed than in other animals, perhaps with qualitative differences that emerge from our self-awareness.
Finally, other animals exhibit behavioral and neural patterns that might represent proto-forms of self-projection. These proto-forms provide opportunities for mechanistic study.
Of all known parallels of self projection, the most remarkable is that of certain caching birds]. Scrub jays cache food across numerous locations. On their return, they recover food from the specific locations, prioritizing perishable foods that are still edible . To protect their cache, scrub jays preferentially select storage locations that are out of sight of pilfering birds . Moreover, if the scrub jays have experience of pilfering the food of others, they will recache their own food if another bird was present when they first stored the food, as if to protect it from future theft ... »

Le Besoin d'Existence est une composante de la matière

 

C'est le pilier de ma théorie, dans ses implications biologiques. Vous avez pu en avoir un aperçu dans ce que vous venez de lire, p. 16. Je me permets quand même de le répéter :

« ... Dans ce modèle, Mômmanh - c'est-à-dire la matière - serait douée de mémoire : parmi les éléments l'ayant touchée, elle se souviendrait de ceux qui ont répondu à son désir d'existence, en bien comme en mal. Ensuite, quand les aléas de la vie amènent de nouveau à son contact des agents qu'elle a connus, elle aurait le pouvoir d'agir sur eux : elle saurait favoriser les éléments qui sont de bons souvenirs et repousser leurs contraires. Il est très probable qu'elle renforce les souvenirs souvent évoqués tandis qu'elle efface progressivement les autres. Ce processus l'aurait conduite à inscrire dans notre hérédité biologique les mémoires cumulées des faits marquants et répétés advenus à toute notre lignée d'ancêtres depuis la naissance de la vie. Autrement dit, nos cellules reproductrices, les spermatozoïdes et les ovules, alias gamètes, porteraient dans leurs gènes et autour de ceux-ci, la mémoire de tout ce qui a marqué durablement la vie de tous nos ancêtres... »

Il y a aussi ce qui suit. On le trouve dans le chapitre 10 de mon roman, à la page 351 : http://www.livingexistence.net/pdf/MonAmour.pdf

« ... Est-ce que les acquis existentiels de notre vie s'inscrivent dans la mémoire de nos gamètes ?
Est-ce bien toi, Mômmanh, qui a eu cette cruauté ?
Je te l'ai déjà dit, dans notre jeu de science-fiction, dans le modèle que je développe, Mômmanh est notre vieille mère aveugle. L'infime fraction d'elle-même qui se réalise à travers moi, je l'appelle « ma mômmanh ». Pour satisfaire son impérieux appétit d'existence, tout au long des milliards d'années qui s'écoulent depuis l'origine, elle garde en mémoire le goût pour ce qui lui a fait du bien et le dégoût pour ce qui lui a fait mal. Mais, incapable de concevoir l'univers, elle ne peut faire de projets. Pour cela, elle fait appel au prodigieux cerveau qu'elle a patiemment élaboré : le nôtre. »

Elle est notre vieille grand-mère aveugle assise au coin du feu. Nous lui rapportons tout ce que nous avons vu. Elle fouille dans son immense mémoire et nous dit : « Mon enfant, ceci est bon : tu dois le rechercher. Mais, fais bien attention ! Cela est mauvais : il faut t'en écarter. »

Tout petits, nous buvons la sagesse de notre mômmanh. Ensuite, au fur et à mesure que se forment nos propres goûts et dégoûts, nous écoutons de moins en moins ses conseils.

Heureusement, la mort vient nous arracher à cette dérive. Ce qui, dans notre vie, porte une grande valeur existentielle va marquer soit le code génétique soit les autres vecteurs d'hérédité de nos cellules reproductrices. Ainsi, toute vie remarquable laissera deux infimes messages dans l'océan des existences : l'un dans l'histoire, - mémoire culturelle, l'autre dans nos gamètes, - mémoire naturelle.

Eh bien, dans ses milliards de milliards de souvenirs, notre mômmanh a sélectionné pour nous deux tendances qui sont parfois opposées, au risque de nous paralyser : dans nos actes, nous accordons la priorité à l'altruisme, c'est-à-dire au triomphe de la vie en général, mais nous avons une forte préférence pour les plaisirs de notre propre tas de viande déjà pourrissant.
Priorité pour autrui, préférence pour notre ego. En cas de conflit sévère entre les deux maîtres, plutôt que de céder la place, bien souvent, la satisfaction de l'ego se cache dans l'inconscient. Alors, on peut dire adieu à la conscience claire !... »

Comment vérifier, par de multiples expériences, la réalité et les façons d'agir sur la matière de cet agent invisible que serait le besoin primordial d'existence ? Là, il me semble qu'il faut oser se compromettre en s'inspirant des travaux sur l'homéopathie et sur la « mémoire de l'eau ». Dans les découvertes ou prétendues telles de marginaux non reconnus par la communauté scientifique, il y a peut-être des pistes à explorer. Je pense, entre autres, à ceux qui prétendent donner de l'information à l'eau. On peut aussi, d'autre part, chercher à savoir comment se transmet, par l'hérédité, une petite partie des caractères acquis.

 

 

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